Musique chorale romantique

Alain Pâris 06/05/2020

La notoriété que les symphonies romantiques ont conférée aux grands maîtres austro-allemands a relégué dans une semi-obscurité leur contribution au répertoire choral. Et pourtant…

Si je vous dis Schubert, vous pensez immédiatement à l’Inachevée, à La Truite, aux lieder en général… Mais je suis certain que vous serez peu nombreux à évoquer sa musique religieuse. Cependant, on lui doit plus d’une ­demi-douzaine de messes (achevées), qui ont été tirées de l’oubli par des chefs comme Wolfgang Sawallisch, Carlo Maria Giulini ou Rafael Kubelik ; et Claudio Abbado a été l’un des premiers à s’intéresser à des pièces plus rares. À un an d’intervalle (1815 et 1816), Schubert a composé deux Stabat Mater. 

Le premier, D 175, est une miniature pour chœur et petit orchestre (sans flûtes, sans cuivres à l’exception des trombones), sur le texte latin. Brigitte Massin le considérait comme inachevé, car seul le début du texte est mis en musique. Le second, D 383, est d’une tout autre ampleur : Schubert a choisi la traduction allemande de Klopstock, qui, curieusement, donne la primauté au Christ dans cette prière mariale. Il fait appel à un trio de solistes, un chœur à quatre ou huit voix et un orchestre assez nourri, avec un cheminement dans les tonalités (de fa mineur à fa majeur) qui évoque le Stabat Mater de Pergolèse, déjà considéré à l’époque comme un modèle du genre. Stefan Schuck vient d’en signer le premier Urtext avec matériel disponible chez Carus (l’édition monumentale de Bärenreiter n’en proposait que le conducteur). On lira avec intérêt ce qui concerne le contrebasson, probablement plus important dans l’esprit de Schubert que ce que révèle le manuscrit. Le Stabat Mater D 175 est maintenant disponible en édition séparée chez Bärenreiter (avec matériel), tout comme le Magnificat, D 486, composé à la même époque, pour lequel Rudolf Faber a eu accès à des micro­films des manuscrits conservés dans des collections privées. On sait maintenant que les indications considérées auparavant comme des decrescendos sont en fait des accents. L’éditeur en a tenu compte, ce qui donne à cette œuvre lumineuse un caractère beaucoup plus direct et spontané.

Schubert avait à peine 20  ans lorsqu’il composa ses deux Stabat Mater. ­Bruckner n’était guère plus âgé lorsqu’il coucha sur le papier son Requiem en mineur. Étonnante maturité, on y trouve déjà ce sens inné du contrepoint (qu’il n’a pas encore étudié avec Simon Sechter) et une recherche des couleurs sonores grâce à une orchestration atypique (un cor, trois trombones, cordes et orgue). La tonalité de mineur est un hommage à Mozart (qu’il cite plus ou moins, d’ailleurs). À la fin de sa vie, il le révisera et c’est cette version qui fait l’objet d’un Urtext chez Carus. Le premier Urtext actuel, en réalité, car les précédentes éditions (Bornhölt, Nowak et Haas) ne faisaient que se recopier avec quelques corrections.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous