Covid-19 : Témoignages de Sabine Devieilhe et Sébastien Daucé après leurs échanges avec Emmanuel Macron

Mathilde Blayo 06/05/2020

Le chef d’orchestre Sébastien Daucé, qui dirige l’Ensemble Correspondances, et la chanteuse Sabine Devieilhe étaient les deux musiciens classiques parmi les douze artistes qui ont rencontré ce mercredi 6 mai Emmanuel Macron. Ils nous livrent leurs impressions et les messages qu’ils ont portés.

Comment avec vous vécu cette rencontre ?

Sabine Devieilhe : J’étais très honorée de faire partie de cette discussion dans laquelle certains ont apporté des éléments très concrets, d’autres beaucoup d’émotion, pour témoigner de l’onde de choc gigantesque que cette crise a sur notre secteur. Il s’agissait vraiment d’une réflexion commune où nous avons tous parlé au nom de nos secteurs respectifs. C’était un moment d’échange dans une atmosphère très sereine.

Sébastien Daucé : L’idée était d’avoir un moment de discussion. Nous avons pu expliquer individuellement comment on vivait cette crise et avoir ensemble une discussion prospective. Sur la forme, c’était très équilibré, nous avons pu nous exprimer dans un temps de parole suffisant. C’est une rencontre qui a permis aux politiques d’envisager la crise d’une autre façon, en parallèle de toutes les discussions qui ont cours entre le ministère de la Culture et les fédérations et syndicats de notre secteur.

Quels sujets avez-vous pu évoquer ?

Sabine Devieilhe : J’ai parlé de la nécessité d’une année blanche, comme plusieurs personnes autour de la table, de la nécessité de refonte du système de l’intermittence en valorisant notamment la période préparatoire des projets. J’ai aussi parlé de l’importance, pendant le déconfinement et pour la reprise, de maintenir des temps de plateau pour créer des spectacles, malgré les dispositifs sanitaires qui vont être compliqués à mettre en place. J’ai également évoqué le rôle que doivent jouer la télévision et les plateformes numériques dans la production de nouveaux spectacles.
Pour la période de déconfinement, j’ai suggéré de privilégier les petits formats, les récitals chant-piano, la musique de chambre... Avec des salles qui ne pourront être remplies qu’à un tiers, il faudra sortir, réinventer notre art. Pourquoi ne pas jouer dans les musées, dans les écoles ! À ce sujet, j’ai dit la nécessité pour moi de considérer la formation comme une priorité. La culture doit être une clé pour s’adresser au jeune public pendant le confinement, et nous pourrions profiter de ces classes à petits effectifs pour travailler à la formation musicale de ces jeunes.

Sébastien Daucé : L’emploi, c’est pour moi la question urgente. J’ai alerté sur le fait que le chômage partiel est une bouée de sauvetage pour les artistes, mais qu’il a aussi un coût important pour les structures, surtout si la situation dure. J’ai aussi fait part de ma crainte pour l’avenir de structures comme la mienne, assez peu subventionnées. Cette crise peut nous faire perdre 10 ans dans notre développement, si on s’en sort. Il y  a des structures fragiles, qui prennent des risques pour se développer, qui vont au-delà de leurs moyens : ces structurent sont aujourd’hui les plus exposées. J’ai donné trois axes de réponses pour le court-terme : maintenir les temps de plateau et temps de création. Ensuite, inventer une industrie de la musique enregistrée. On a vu se multiplier les vidéos en ligne pendant le confinement et on risque de devoir reprendre des concerts sans public, il faut donc que ces vidéos perdurent sur une offre économiquement viable. Il y a aussi un vrai besoin d’une politique audiovisuelle publique pour la captation de spectacle vivant, aujourd’hui très compliquée. Enfin j’ai parlé de la nécessité de se pencher sur la question du mécénat culturel qui est un sujet central pour nous.
Sur le long terme, j’ai évoqué l’importance de faire vivre la notion de spectacle vivant, d’assumer l’éphémère de ces créations et l’importance de l’expérience réelle face aux écrans. Enfin, j’ai parlé des notions de territoire et d’écologie qui doivent nous concerner tous. Sans pour autant renoncer à l’international, ce qui serait une grave erreur.

Avez-vous eu la sensation d’être entendus ?

Sabine Devieilhe : Oui j’ai eu la sensation d’avoir réussir à faire entendre ce que je voulais dire. L’année blanche, qui a été annoncé dans la foulée, est une réelle victoire. Ils nous ont aussi confirmé qu’on pourrait maintenir le temps de création au plateau dans les prochains mois. J’ai aussi été très heureuse d’apprendre que des fonds ont été débloqués pour augmenter la commande publique auprès de jeunes artistes.
L’idée maintenant c’est un nouveau rendez-vous fin août avec le président et des ministres, et peut être un autre panel d’artistes, pour envisager de nouveaux projets, susciter la créativité.

Sébastien Daucé : Très sincèrement, oui. Je trouve qu’on a eu une écoute très attentive. Dans les réponses des ministres et du président on a eu un détail de mesures qui couvre en partie ce qu’on a évoqué. Dans tous les plans mis en place, on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien pour la culture. La réponse est proportionnée à la crise aujourd’hui. Sur l’emploi, ma principale préoccupation, la réponse est au rendez-vous et proportionnée, l’angoisse à court-terme est calmée. Sur le moyen et long terme, on ne sait pas mais la situation laisse espérer que l’accompagnement de l’Etat soit aussi important que maintenant.

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