Matéo Crémades, sculpteur pour instruments

Marion Michel 07/05/2020

L’artisan tourangeau travaille le parchemin pour confectionner des rosaces pour guitare, luth et clavecin. Une profession unique en France.

Un scalpel, un sous-main quadrillé, des pots de glu et de vernis. Entre les mains, du parchemin, qu’il sculpte avec minutie.

Sur les hauteurs de Rochecorbon, Matéo Crémades façonne ses rosaces à la commande des luthiers et des musiciens. Son inspiration : des roses pour luth et clavecin, du 16e au 18e siècle, qu’il ­compile dans une base de données de plus de 250 références. Il parcourt les musées, et surtout leurs collections numérisées, pour dénicher ces pièces d’orfèvrerie. Parfois, le travail de reproduction demande de l’imagination, pour combler les lacunes d’une mauvaise qualité photographique ou d’une pièce rongée par le temps.

Beauté de l’imperfection

Il est « le roi de la rosace », pour Sébastien Roué, professeur de clavecin au conservatoire de Bordeaux. Après l’avoir découvert sur Instagram, il lui a commandé deux rosaces pour une épinette : « Il a su saisir l’esprit de l’instrument sans l’avoir joué. Ses rosaces en sont le prolongement, une vraie architecture au sein d’un petit instrument. Ça lui donne une part de magie. »

Sur son bureau s’éparpillent des chutes de parchemin et de bois fin, des patrons de rosace et des ciseaux à bois minuscules. Dans les tiroirs, des feuilles de toutes les teintes : du parchemin de chèvre ou de chevrette, dont la peau a été raclée, tannée et blanchie, aux veinules encore visibles. Elles sont sculptées, collées et superposées pour former la dentelle des rosaces. Simples ou à plusieurs étages, nues ou dorées à la feuille, ces ornementations sont composées durant quelques dizaines d’heures, d’un jet, à main levée et au compas. Le laser ? « Oui, bien sûr, ça permet d’aller plus vite et ça baisse les coûts. Mais le résultat parfait est fade. Ce qui est beau dans ce que je fais, c’est que c’est imparfait. » L’artisan préfère tailler et biseauter la matière avec ses outils, et prendre le temps.

Carrière de musicien

« Je ne suis pas luthier, attention. Certains luthiers font des rosaces quand ils ont le temps, moi je ne fais que ça. » L’artisan s’est formé en autodidacte. Tout est affaire d’œil, de débrouille et de persévérance. Sa première rosace date de 2014, lorsqu’il fabrique sa première guitare, copiée d’après Stradivarius. L’expérience lui plaît, il lance son atelier en 2016. Il propose ses rosaces, et se diversifie dans la création de tableaux et bijoux, toujours en parchemin.

Matéo est aussi musicien. « Je ne conçois pas ces deux activités séparément. Elles sont vitales, c’est une nécessité. » Avec Nathalie Ferron, ils forment l’ensemble Parchemins, un duo de chanson baroque. Une terminologie de leur cru pour définir un style de chant léger, sur le modèle des villanelles italiennes, accompagné à la guitare et percussions.

Même mode opératoire que pour les rosaces : Matéo fouille les archives de la BNF et les manuscrits pour dénicher des airs populaires. À deux, ils les époussettent et les interprètent.

Jusqu’au bout, l’artisanat et l’art se confondent : le premier logo du duo était une rosace, dessinée par Matéo.

 

 

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