Covid-19 : en Suisse, mobilisation des musiciens contre les concerts gratuits

Les tribunes libres proposées par la Radio-Télévision Suisse créent une bronca. Les artistes demandent à être rémunérés.

Mercredi 6 mai, la RTS (Radio-télévision suisse) culture lançait un appel aux musiciens professionnels romands pour venir enregistrer des concerts à huit clos dans le studio Ansermet à Genève. Cette proposition a rapidement suscité une crispation dans le milieu musical Suisse. Et pour cause : cette « tribune libre » destinée à être potentiellement rediffusée par la suite sur Espace 2 ne prévoyait pas de rémunération aux artistes mais une copie de la captation en format numérique et le remboursement du billet de train aller-retour.

Imaginée par le chef de l’unité culture de la RTS Espace 2 Alexandre Barrelet afin de répondre aux appels à l’aide des musiciens romands, la « tribune libre » a eu l’effet inverse escompté. Marc Perrenoud, pianiste de jazz installé à Genève est l’un des premiers à avoir riposté par le biais d’une lettre au chef de l’unité culture : « (…) Vous qui touchez votre salaire et dirigez une unité du service public payée par nos impôts (…) vous nous proposez de travailler gratuitement dans vos studios ? ». En quelques jours la lettre a été reprise plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux créant une polémique sur les rives du Léman. Pour Marc Perrenoud, « cette proposition arrive au mauvais moment et montre une déconnexion du service public avec la réalité ». Alexandre Barrelet s’en explique : « depuis le 13 mars je reçois quotidiennement des messages de musiciens paniqués qui me demandent quand est-ce qu’ils pourront venir rejouer. Avec le déconfinement partiel du 11 mai, on a voulu aider les musiciens : notre plan de production est totalement chamboulé et 90 productions sont supprimées. Nous voulions donc en profiter pour offrir une prise de son de qualité aux musiciens afin qu’ils puissent faire une démo libre d’usage et de droits. » Selon Marc Perrenoud, « c’est d’abord un manque de respect et de compréhension de ce que nous vivons : Il y a des radios nationales qui font exactement l’inverse ! La BBC par exemple offre un cachet non négligeable par solidarité ».

« Porte ouverte au travail gratuit »

Alexandre Barrelet rétorque : « Nous ne sommes pas organisateurs de concerts mais un média. La RTS a honoré les 90 contrats d’enregistrement prévus pour ne pas être acteur de la dépression culturelle qui s’annonce. Je comprends que l’idée d’une prestation non rémunérée dans ce contexte soit inaudible mais la RTS n’a pas de planche à billets. C’est une prestation sans rémunération mais avec une valorisation ! »

Pour le jazzman la ligne de défense est compréhensible, mais il s’interroge : « Je ne sais pas si c’est de cela que les musiciens ont besoin : l’offre implique au préalable « la cession complète des droits de diffusion pour l’ensemble des médias de la RTS durant une année à partir de la diffusion » ce qui ne permet pas d’utiliser cet enregistrement pour un disque. C’est un matériau destiné à être diffusé sur les ondes de la RTS. » Le musicien bien implanté dans la carrière explique sa prise de parole : « je ne suis pas dans une situation dramatique, mais pour les musiciens qui sont dans la précarité sans statut digne de ce nom c’est la porte ouverte au travail gratuit ! ».

Pointés du doigt dans cette affaire, Alexandre Barrelet et la RTS ont réagi. Une enveloppe de 500 francs suisses (475 euros) sera en plus distribuée à chaque ensemble sélectionné pour réaliser un enregistrement.

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