« L’orchestre est un instrument qui doit profiter à d’autres genres musicaux »

Mathilde Blayo 12/05/2020
Le Français Olivier Tardy, ancien flûte solo de l’Opéra de Munich, sera le nouveau chef de l’Orchestre symphonique de Brandebourg à partir de la rentrée de septembre 2020. Interview.

 Quelle est votre histoire avec l’Orchestre symphonique de Brandebourg ? 

J’ai dirigé l’Orchestre de Brandebourg pour la première fois en 2015. Je remplaçais alors leur nouveau chef, Peter Gülke, qui était malade, pour ce qui devait être son concert inaugural. C’était un concert avec des airs d’opéra, ce qui me convenait très bien, puisqu’en tant que flûte solo de l’Opéra de Munich, c’est un répertoire que je connais par cœur. Cela s’était très bien passé et j’ai été rappelé deux ans plus tard.

Nous étions contents de nous retrouver et je savais que le poste allait bientôt être libre. J’étais dans la liste des cinq candidats potentiels et l’orchestre a voté pour moi. J’en suis très heureux ! Cet orchestre de la ville de Brandebourg-sur-la-Havel est l’un des rares à n’avoir pas disparu au moment de la réunification de l’Allemagne. En ex-RDA, il y avait des orchestres tous les 10 kilomètres, mais à la réunification beaucoup ont fermé, notamment le chœur de la ville de Brandebourg. La formation a pu perdurer et compte aujourd’hui 50 musiciens. C’est un orchestre très flexible, qui joue de la musique de film, des programmes plus classiques, de l’opéra. 

Quels sont vos projets?

Notre collaboration commence mal… Mon concert inaugural doit avoir lieu les 11 et 12 septembre 2020. On attend avec impatience de savoir si l’on pourra jouer à la rentrée. Pour ce qui est de la saison, elle est prête, mais nous travaillons à un plan B, avec des concerts en format réduit si la crise sanitaire se prolonge. 

Hormis tout cela, j’ai envie d’explorer de nouveaux répertoires avec cet orchestre de tradition classique. On va s’ouvrir au jazz, à la variété, faire des concerts dans d’autres lieux que le théâtre. En ouvrant le répertoire, je veux considérer l’orchestre comme un instrument qui doit aussi profiter à d’autres genres musicaux. On va également intensifier le travail auprès des jeunes en essayant d’aller dans les écoles plutôt que de les faire venir à nous. Je crois que c’est très important de sortir des modèles de concert classique. Le public ne se renouvelle pas de lui-même, il faut aller donc au-devant de lui, proposer de nouvelles choses pour l’attirer. Pour moi, l’orchestre doit être présent dans toute la ville, pas seulement au théâtre, il a un rôle territorial, politique. 

A quoi êtes-vous particulièrement attentif en tant que chef d’orchestre ? 

Je suis moi-même musicien d’orchestre, donc pour moi la relation entre un chef et un musicien doit être une relation de confiance, où on se parle de musicien à musicien. Cet aspect humain de la relation chef-musicien a beaucoup évolué ces dernières années et j’y attache une grande importance. Ce qui est aussi important, c’est de faire évoluer les mentalités en jouant de nouveaux répertoires. Enfin j’ai un rôle particulier en tant que chef titulaire. Il ne s’agit pas seulement de diriger, cela c’est 40% de mon travail, mais de préparer les programmes, de rencontrer les artistes à inviter, de rencontrer les acteurs culturels de la ville. En passant de chef invité à chef titulaire je peux envisager de développer les liens de l’orchestre avec les autres institutions culturelles du territoire. L’implication d’un orchestre dans une ville est vraiment quelque chose que je veux favoriser.

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