Le flou du décret “déconfinement” pour l’activité musicale

Antoine Pecqueur 13/05/2020
Le décret publié le 12 mai au Journal officiel annonce la fermeture jusqu’à nouvel ordre des conservatoires. Pour les lieux de spectacle, l’accueil des artistes, avec l’organisation de répétitions ou de captations, pose question.

Il y a une semaine, Emmanuel Macron appelait dans son intervention les artistes à inventer de nouvelles formes, à préparer « un été apprenant et culturel ». Mais le décret “déconfinement” publié mardi 12 mai au Journal officiel ne clarifie pas, loin de là, les préconisations présidentielles. Le texte indique que les lieux de spectacle (établissements recevant du public de type L) ne doivent pas,dans le contexte actuel, recevoir de public.

Les représentations ne peuvent donc avoir lieu. Mais le terme de public peut aussi s’entendre dans une acceptation plus large, en incluant les artistes, qui sont d’une certaine façon extérieurs aux établissements. En l’absence de précision, le flou juridique demeure, même si un proche du ministre de la Culture nous indique qu’il n’y a « pas de problème » à l’accueil des artistes. La question se pose aussi pour les concerts ou spectacles filmés sans spectateurs, comme cela est envisagé à la Philharmonie de Paris ou au théâtre du Châtelet. Le décret n’autorise pas expressément ce type d’événement, qui implique la venue d’artistes et de techniciens. Contrairement aux préconisations pour le secteur de la restauration, le décret ne rentre pas dans le détail pour les activités culturelles. L’heure est d’autant plus à l’inquiétude pour les artistes que le calendrier reste incertain : le décret ne comporte pas de fin d’application. En fonction de l’évolution de la crise sanitaire, les mesures pourraient être levées, ou pas. Le gouvernement devrait faire de nouvelles annonces début juin. Reste quelques rares exceptions de possibilité d’ouverture pour les établissements, indiquées dans le décret, comme l’organisation de concours ou l’accueil d’enfants scolarisés. Les structures culturelles pourraient donc mettre en place, dans certains cas, des actions pédagogiques, mais le décret reste flou sur leurs conditions d’organisation. Un décret rectificatif apporterait des éléments indispensables pour clarifier le début d’une reprise de l’activité des lieux de spectacle.

Manque de connaissances scientifiques

Il est aussi question dans ce décret des conditions du déconfinement pour les établissements d’enseignement. Les conservatoires et écoles de musique restent fermés au public jusqu’à nouvel ordre. Le Snam-CGT a tout de suite salué cette décision qui « correspond à la revendication que nous avions émise : préserver avant tout la santé des enseignants artistiques, ainsi que celle des usagers, en n’en faisant pas des vecteurs de la transmission de l’épidémie, c’est-à-dire prolonger la fermeture des conservatoires jusqu’aux congés d’été ».Le syndicat met en garde les établissements qui obligeraient les enseignants à être présents, ce qui est dès lors illégal. Les cours vont se poursuivre à distance, par le biais de logiciels de visioconférences. L’inégalité sociale que mettait en avant Emmanuel Macron pour justifier la réouverture des écoles ne s’appliquerait donc pas pour les conservatoires, alors que les cours dans ces établissements d’enseignement artistique se font avec un nombre d’élèves bien plus réduit que dans l’Education nationale ? En réalité, le gouvernement fait face aux manques de connaissances scientifiques mesurant les conséquences d’une reprise de l’activité culturelle. Le rapport commandé par Audiens – qui propose, par exemple, des tests sérologiques pour les artistes et des systèmes de ventilations à flux laminaire pour les instrumentistes à  vents – n’a fait qu’ajouter encore plus d’incompréhension. Les premières études allemandes se révèlent plus claires, par exemple, celle commandée par les orchestres berlinois qui préconisent des distances de 2 mètres entre les vents et de 1,5 mètre entre les cordes. Mais le bilan, récemment rendu public, d’un concert organisé avant le confinement au Concertgebouw d’Amsterdam, qui avait fait quatre morts à la suite de la contamination de choristes, rappelle aux autorités la prudence nécessaire avant toute reprise.

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