Réouverture des conservatoires : cacophonie générale

Le décret “déconfinement” indique la fermeture jusqu’à nouvel ordre des conservatoires, alors que de nombreux établissements étaient en train de préparer leur réouverture.

 « Nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes ! » (allocution du président de la République du 13 avril). Mais qu’en est-il pour les conservatoires ? Silence complet. « On ne parle jamais de nous. C’est comme si on était un peu la 5eroue du carrosse », s’attriste Pascal Caraty, directeur du conservatoire d’Amboise. Face aux non réponses du ministère de la Culture, certains établissements, en accord avec les élus locaux, avaient prévu une réouverture progressive dès le mois de mai. Initiatives déçues après la publication, mardi dernier, du décret 2020-548.

Responsabilité pénale

Dans un communiqué, le syndicat SNAM-CGT interpelle les maires et les conservatoires : « Les écoles de musique restent fermées au public jusqu’à nouvel ordre. » Dans sa déclaration, le syndicat salue la décision du gouvernement et en profite pour recadrer tous ceux qui envisageaient une réouverture proche. « Ces initiatives étaient complètement irresponsables, s’indigne Marc Pinkas, secrétaire nationale de la branche de l’enseignement SNAM-CGT, si les maires et les présidents d’associations commencent à faire ce que bon leur semble, on va tout droit à la catastrophe ! » Pour lui les choses sont claires désormais: avec ce décret, la responsabilité pénale est établie. « Si les employeurs veulent prendre leurs responsabilités, alors qu’ils le fassent jusqu’au bout. En cas de problème, les parents devront se retourner contre les maires. » Les conservatoires dépendent des villes, qui en sont les principaux financeurs. Alors que ce décret est perçu comme un « soulagement » par le syndicaliste, pour d’autres il est davantage synonyme d’inquiétude.

« Où est la cohérence ? »

Le 18 mai, le conservatoire d’Amboise devait rouvrir ses portes au public. Cours individuels, désinfection des locaux et instruments, sens de circulation unique, respect de la distanciation… Les derniers préparatifs se mettaient en place. « On a du tout annuler, explique Pascal Caraty, je ne comprends pas pourquoi les écoles primaires en zones rouges peuvent à nouveau fonctionner et nous, qui sommes en zone verte, continuer à fermer boutique. Où est la cohérence ? ».Même son de cloche du côté du conservatoire du Bouscat. L’accueil du public devait débuter fin mai. Son directeur, David Lalloz, « comprend les impératifs sanitaires » qui s’imposent à lui, mais déplore « le manque total d’information » de la part du ministère de la Culture et de l’Education nationale. « Les établissement d’enseignements artistiques ne sont pas rattachés à un ministère précis. C’est une difficulté supplémentaire dans une période comme celle-ci. » Il demande une chose : « Des directives claires ». Un sentiment partagé par un grand nombre de directeurs réunis au sein de Conservatoires de France. Son président, Maxime Leschiera, déplore une « possible omission ». Le décret fait référence à des « exceptions » mais jamais le mot « conservatoire » n’apparait dans le texte. « Ce décret rajoute une inquiétude à un contexte déjà difficile. Localement toutes les démarches ont été faites. On attend maintenant une véritable prise en compte nationale de nos spécificités.» Plusieurs réunions devraient avoir lieu dans les jours qui viennent. Contacté à plusieurs reprises par La Lettre du Musicien, le ministère de la Culture n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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