Covid-19 : les premiers concerts à la Philharmonie de Paris

Antoine Pecqueur 14/05/2020
La salle de concert organise deux concerts à huis clos les 27 et 28 mai, avec l’Orchestre de Paris, puis autour de Renaud Capuçon. Avec des modèles économiques complétement différents. Explications.

La Philharmonie de Paris va à nouveau accueillir des artistes dans la grande salle Pierre-Boulez. C’est l’Orchestre de Paris, en tant que partie intégrante de la Philharmonie, qui fera entendre les premiers sons, mercredi 27 mai. « C’est un signal,nous dit Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie, mais en aucun cas l’idée d’amorcer une reprise totale de l’activité. » Ce premier concert réunira seulement une vingtaine de musiciens de l’Orchestre de Paris, sous la houlette de son violon solo, Philippe Aïche. 

Au programme, Siegfried Idyll et une adaptation en petit effectif d’extraits de Parsifal de Wagner. Avec donc des cordes, mais aussi des vents : « Il ne faut pas s’affoler d’une éventuelle nocivité des vents. Nous additionnons les résultats des études scientifiques internationales, et il apparaît qu’une distance d’environ deux mètres entre les musiciens est actuellement la solution la plus préconisée », poursuit Laurent Bayle. Ce concert n’aura pas de coût artistique supplémentaire pour la Philharmonie, les musiciens étant des artistes permanents rémunérés par la Philharmonie. « Comme tous les grands établissements publics, à l’instar de l’Opéra de Paris, nous n’avons pas eu le droit de mettre les collaborateurs au chômage partiel », précise le directeur général de l’établissement. Seul coût pour la Philharmonie, ceux de la captation pour la diffusion sur son site ainsi que sur la plateforme d’Arte Concert ; en l’absence de public, les seuls spectateurs seront virtuels.

Financement par le mécénat

Le concert proposé le lendemain, jeudi 28 mai, sous la houlette de Renaud Capuçon, a, lui, un modèle économique différent. Le violoniste, particulièrement présent sur les réseaux sociaux depuis le début de la crise sanitaire, a réunit 23 solistes, parmi lesquels on retrouve notamment le violoncelliste Edgar Moreau, l’altiste Gérard Caussé ou le violoniste Pierre Foucheneret, pour interpréter les Métamorphoses de Strauss. Dans un courrier, que La Lettre du Musicien a pu consulter, Laurent Bayle et Jean Bouquot, président de l’association des Amis de la Philharmonie, appellent les mécènes de la Philharmonie à financer le concert : « Notre objectif est d’assurer un cachet convenable à ces musiciens actuellement privés de revenus. Le coût total de ce concert et de sa captation est estimé à 60 000 euros (soit une rétribution pour chacun d’entre eux couvrant leur semaine de préparation de l’ordre de 1 500 euros nets). Pour contribuer à le financer, nous faisons appel à votre soutien en solidarité à ces jeunes talents français. »

La Philharmonie tient à assurer une rémunération aux artistes invités, alors que, dans le contexte actuel, nombre de projets de captation se font de manière bénévole. « Un musicien ne peut pas ne pas être payé. Et si le mécénat n’atteint pas le montant total, nous compléterons la différence », nous assure Laurent Bayle. Le coût global de ce concert crée cependant certaines crispations auprès de responsables de structures musicales, fragilisées par la crise actuelle. L’un d’entre eux s’étonne que « la Philharmonie organise ce concert, mais refuse, comme d’ailleurs d’autres grandes institutions, de payer le coût de certains concerts annulés à cause du Covid-19, alors que le gouvernement les y enjoint. » Laurent Bayle nous répond que « la Philharmonie a payé tous ses collaborateurs employés en direct. Lorsqu’il s’agit de structures invitées, elles ont pu déclencher le chômage partiel pour leurs artistes, ce que nous ne pouvons pas faire. » Autre motif de grief : le choix des artistes, de grande notorité. N’aurait-il pas fallu soutenir des musiciens en situation de précarité ?   

Du public ?

Le courrier de Laurent Bayle et Jean Bouquot indique également les contreparties pour les éventuels mécènes du concert du 28 mai : « A ceux qui choisiront de faire un don exceptionnel de 2 000 euros, nous proposerons de venir assister, en très petit comité, à ce concert à la Philharmonie, dans le respect des précautions sanitaires les plus scrupuleuses, ainsi qu’à la rencontre qui suivra avec les artistes. »L’accueil de public, même en petit nombre, surprend alors que le décret “déconfinement”, paru le 12 mai, interdit jusqu’à nouvel ordre aux établissements recevant du public de type L – c’est-à-dire les salles de spectacle – d’accueillir, dans le contexte actuel, des spectateurs. « Il ne s’agit pas de public, mais de personnes qui ont permis la faisabilité économique du projet. Et nous serons en dessous des dix personnes », précise le directeur général de la Philharmonie. On le voit : la reprise des activités musicales soulève un grand nombre de questions, en raison, notamment, du flou des mesures gouvernementales. Comme nous le glisse Laurent Bayle, « le temps est encore loin où nous pourrons donner la Huitième symphonie “des Mille” de Mahler. »

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