Covid-19 : ces festivals d’été qui résistent

Mathilde Blayo 18/05/2020

Alors que les grands festivals annulent les uns après les autres, de plus petits tentent de se réinventer pour maintenir une édition 2020. Tour d’horizon, des Arcs à Chaillol.

« Le maître mot, c’est de se réinventer, d’être combatif. On préfère y être d’une manière ou d’une autre, que de ne pas y être ». Éric Crambes, directeur artistique de l’Académie et du Festival de musique des Arcs, veut y croire : une édition 2020 aura bien lieu. Parmi les festivals français dont les jauges sont bien moindres que la limite de 5 000 personnes fixée par le gouvernement, beaucoup ont choisi d’annuler devant les risques sanitaires et économiques d’un maintien. Pour d’autres, aux modèles économiques parfois plus adaptables, il y a encore de l’espoir. 

Programmation d’artistes français

Dans la station alpine des Arcs, l’Académie et le Festival qui ont lieu tous les étés depuis quarante ans sont maintenus en l’état, pour le moment. « Notre principal problème, c’est que nous n’avons pas de directive, de protocole, qui nous permettrait d’envisager des adaptations, explique Éric Crambes. Alors, pour le moment, la programmation est maintenue telle quelle et si quelque chose de plus précis sort, indiquant, par exemple, que les vents ne peuvent pas jouer, je modifierai la programmation.» Le festival est habituellement gratuit et ne dépend pas d’une billetterie, ce qui lui permet de ne pas courir de risque économique en se maintenant. Les jauges des salles peuvent ainsi être réduites dans le respect des règles sanitaires sans problème et des concerts en plein-air peuvent être envisagés. Les artistes invités sont en plus majoritairement français ou européen, ce qui rend leur venue plus facile. « Pour les deux orchestres programmés, ce sera sans doute compliqué de les maintenir, mais nous allons trouver des alternatives. La soixantaine de musiciens prévus nous soutiennent, pas un ne souhaite se retirer pour le moment», rapporte le directeur artistique.

Balades musicales, concerts sur les marchés

D’autres ont décidé de totalement redéfinir leur édition 2020. Plus au sud dans les Alpes, le Festival de Chaillol se tient normalement du 17 juillet au 12 août. « Le Festival tel qu’imaginé il y a un an est annulé, annonce Michaël Dian, son directeur. Mais nous maintenons sa présence sous une autre forme, un redéploiement qui aura lieu de juillet à décembre, intitulé Artistes en présence. » Ce nouveau programme doit impliquer les artistes invités et les habitants des collectivités concernées par le festival, en envisageant de nouvelles possibilités de se rencontrer autour de la musique. « Pour le moment on a défini des concerts à des dates remarquables : des soirs de pleine lune, solstice… explique Michaël Dian. On envisage des balades musicales, des concerts sur les places de marchés, les écoles. On veut être présent dans les endroits où la vie revient. » Financièrement, il y aura une perte inévitable mais le festival conventionné présente un modèle économique assez résilient pour supporter une faible fréquentation.

 Edition digitale

D’autres hésitent encore sur la forme que prendra l’édition 2020. Le Festival de Menton « aura lieu, affirme son directeur artistique Paul-Emmanuel Thomas, mais nous travaillons encore sur sa forme. La protection des artistes et du public est notre priorité, alors, pour le moment, nous envisageons une édition numérique. » D’autres scénarios sont à l’étude, si les concerts avec publics sont possibles, mais pour l’heure l’équipe se concentre sur la réalisation de concerts diffusés en ligne, a priori gratuitement. Le Festival des Arcs envisage aussi une solution numérique, si certains concerts et conférences ne peuvent pas se tenir avec du public, « c’est mieux que de ne rien faire, mais ça reste un palliatif. Il ne faut pas nous tirer nous-mêmes une balle dans le pied avec la solution numérique », alerte Éric Crambes. Une inquiétude partagée par Paul-Emmanuel Thomas : « C’est une édition de résistance. Evidement la notion de spectacle vivant, éphémère, où l’interaction et l’échange entre musicien et public est centrale, doit être au maximum préservé. Mais dans cet esprit de résistance, c’est une solution, et nous essaieront de faire que les concerts soient filmés sur le site historique de Menton, qui fait aussi la magie de ce festival. »

« Redécouvrir d’autres manières d’être présent »

Pour ces trois festivals, l’importance de maintenir une édition 2020 est aussi vécue comme un acte solidaire avec un territoire, un public et une histoire. « La commune des Arcs et la station ont décidé d’ouvrir le 4 juillet et espèrent une bonne saison estivale pour rattraper l’hiver, rapporte Éric Crambes. Il m’a semblé naturel et logique d’accompagner ces efforts en étant présent.» L’état d’esprit est le même au Festival de Chaillol. Une vingtaine de communes sont concernées et demandent que le lien ne soit pas coupé avec les habitants. « On doit prendre les devants et s’adapter, considère Michaël Dian. Jusqu’à présent le concert était établi au sommet de tout, comme modalité principale du rapport entre l’artiste et le public. Je pense que c’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir mille autres manières d’être présent en tant qu’artiste, dans un rapport plus horizontal, contributif en questionnant la relation à la population. Jouer sous un préau d’école, au café du coin… Dans un geste à la fois dérisoire et essentiel.»

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous