« Pendant le confinement, l’Itemm a produit des protocoles de désinfection et de nettoyage des instruments »

Mathilde Blayo 18/05/2020
Carole Le Rendu est la nouvelle directrice générale de l’Institut technologique européen des métiers de la musique (Itemm). Situé au Mans, l’établissement est spécialisé dans la facture instrumentale, les métiers du son et du commerce spécialisé. Interview.

Comment en êtes-vous arrivée à prendre la direction de cet institut ?

En tant qu’enseignante chercheure, cela fait vingt  ans que je travaille sur les musiques actuelles, plutôt du côté de la diffusion. J’avais envie de découvrir une autre partie de la filière, de remonter au travail créatif, à la création instrumentale. C’est un domaine que je ne connaissais pas et qui est complémentaire de ce que j’ai fait jusqu’à présent.  Cette école a un énorme potentiel. Crée il y a trente ans par une volonté européenne de défendre un savoir-faire identifié sur le continent, l’Itemm est unique, une pépite. C’est le seul institut de cette taille, de cette notoriété pour la facture instrumentale en Europe. Je veux faire bénéficier l’école de mon réseau

Quels sont vos projets et axes de développement pour l’Itemm ?

Pour le moment, l’institut est très axé musique classique. J’aimerais l’ouvrir à d’autres esthétiques. Il y a un enjeu de connexion avec le spectacle vivant et, tout en gardant bien sûr notre expertise initiale dans la facture, il nous faut trouver une nouvelle identité, une expertise sur le son, en lien avec la science. Quand il y a des essais, des prototypages d’instruments, des réflexions autour de nouvelles sonorités dans d’autres centres en France ou en Europe, il faut qu’il y ait un réflexe de s’adresser à l’Itemm. On peut jouer un rôle dans le soutien à la filière avec notre pôle innovation. Pour moi, un des gros enjeux de développement de cette école, c’est l’intersectorialité : nous devons nous ouvrir aux différents acteurs de l’action culturelle. Travailler, par exemple, à fabriquer des instruments plus accessibles à certains publics. On mène des recherches sur les matériaux, on accompagne les artisans sur les innovations technologiques comme les imprimantes 3D.

Je souhaite aussi que l’Itemm s’inscrive davantage dans son territoire. La région du Mans concentre de nombreux établissements qui travaillent sur l’acoustique. J’aimerais établir des relations plus fortes avec ces acteurs de notre territoire mais aussi ailleurs en France, avec des facteurs d’instruments qui expérimentent des choses, des centres de recherche comme le CMBV à Versailles, les pôles régionaux de musique actuelle qui abordent aussi la musique traditionnelle. Il y a des pépites partout en France et nous devons essayer de rendre cela visible, d’articuler un réseau fructueux.

Un autre point intéressant c’est le potentiel de développement international de l’institut. Sa dimension européenne peut être renforcée, à travers une mobilité des élèves mais aussi un meilleur partage des savoir-faire. Nous pourrions développer une formation anglophone. C’est un véritable virage à prendre, avec des perspectives plus larges puisque nous avons des partenariats, notamment en Asie, qui peuvent être renforcés.

Le pôle de recherche de l’Itemm joue-t-il un rôle dans la crise actuelle ?

Le label va disparaître mais nous allons garder une dimension scientifique avec deux chercheurs en poste. Pendant le confinement, le pôle innovation a réussi à produire des fiches, déjà éditées et disponibles sur notre site et celui de la CSFI, sur les protocoles de désinfection et de nettoyage des instruments. Pour réaliser ces fiches nous avons fait remonter des bonnes pratiques et les avons vérifiées scientifiquement. On s’engage maintenant dans la réalisation de fiche instrument par instrument. La recherche pourra prendre une autre dimension, si nous trouvons des partenaires et des financeurs, en étendant nos recherches et recommandations à d’autres périmètres : les salles de classe, la scène, les studios d’enregistrement. Pour cela, nous devons aller vers un niveau de vérification scientifique plus fort et donc avoir des partenaires. Nous échangeons avec le ministère de la Culture, et un groupe de travail sur ces sujets devrait être rapidement mis en place.

Comment abordez-vous la réforme de la taxe d’apprentissage et de la formation professionnelle, qui inquiétait l’établissement il y a deux ans ?

La réforme de la formation professionnelle a un impact majeur sur le niveau de prise en charge des formations et les exigences de déploiement pédagogique, nous demandant beaucoup de souplesse et d’agilité. Pour moi, c’est plutôt une opportunité de nous réinventer. La réforme de la taxe d’apprentissage en revanche est davantage un problème. Les entreprises versent la taxe à leur opérateur de compétence (OpCo), réparti par secteur. Sauf que nous dépendons de beaucoup d’OpCo différentes, puisqu’il n’y a pas de branche professionnelle structurée pour la facture instrumentale. C’est un chantier sur lequel je travaille : réunir les acteurs de la facture instrumentale et associés pour créer une nouvelle branche, ce qui nous permettra de devenir un secteur professionnel dépendant d’un unique opérateur fléché, a priori l’Afdas.

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