[Exclusif] Covid-19 : un tiers des étudiants dans le spectacle vivant a besoin d’aide

Antoine Pecqueur 19/05/2020

L’enquête réalisée conjointement par trois organismes (Fuse, Anedem et Anescas) révèle l’impact de la crise sanitaire auprès des élèves et étudiants en voie de professionnalisation dans la musique, la danse et le théâtre. Des chiffres particulièrement inquiétants.

Au cours d’un mois, entre le 18 avril et le 15 mai, a été menée une vaste enquête, réalisée conjointement par Fuse (Fédération des usagers du spectacle enseigné), Anedem (Association nationale pour les étudiants danseurs et musiciens) et Anescas (Association nationale d’établissements d’enseignement supérieur de la création artistique). Le but : mesurer l’impact de la crise sanitaire sur un panel d’environ 1000 étudiants en voie de professionnalisation dans la musique, la danse et le théâtre. Les résultats sont particulièrement inquiétants. 33% des répondants déclarent avoir besoin d’aide. Pour la grande majorité (69%), ce besoin est financier, pour payer le loyer et s’alimenter. Un tiers souhaiterait une aide matérielle, notamment en informatique, rendu indispensable pendant le confinement. Et enfin, plus d’un quart se dit en souffrance face à la situation et aurait besoin d’une aide psychologique.

31% de pertes de revenus

Les étudiants interrogés évaluent en moyenne à 31% leur perte de revenus. Ces derniers proviennent généralement d’une activité liée à leur formation artistique (concerts, enseignement). Les étudiants les plus insérés professionnellement sont les plus pénalisés. Les étudiants étrangers évaluent leur perte de revenus à 44%. La baisse est évidemment moins forte pour ceux qui bénéficient d’un soutien familial (68%) ou d’une bourse d’études (28%).

Etudiants isolés

Le confinement a été vécu non sans mal par les étudiants. 30% l’ont trouvé « plutôt difficile à vivre ». Un tiers de ceux qui l’ont vécu en famille exprime avoir eu du mal à pratiquer l’instrument, pour des raisons de cohabitation. Mais d’un point de vue psychologique, ce sont les étudiants “isolés” qui ont le plus mal vécu cette période. Le travail en confinement se révèle encore plus difficile pour les danseurs : 84% d’entre eux trouvent que la qualité de leur travail s’en ressent.

Manque d’empathie des établissements

En matière de soutien, les étudiants confient en grande majorité avoir été bien accompagnés par leurs professeurs (80% se sont sentis plutôt bien ou très bien soutenus). Par contre, les critiques sont plus sévères à l’attention des établissements. Il y a 60% de ressentis négatifs à l’égard des conservatoires. En cause : des problèmes de communication avec l’administration des établissements, absente ou manquant d’empathie.

De nouvelles compétences

Autre donnée très intéressante : près d’un tiers des étudiants reconnaît avoir développé de nouvelles compétences durant le confinement. Certains se félicitent des méthodes de cours à distance, engendrant de nouvelles approches pédagogiques. Mais, par contre, les étudiants regrettent le flou qui règne encore sur l’organisation des concours. Et dans leur projection sur l’avenir, c’est l’inquiétude qui règne : 38% pensent que la crise aura un impact sur leur parcours de formation et leur avenir professionnel. Les résultats de cette enquête révèlent la fragilité dans laquelle se trouvent les étudiants après ces deux mois de confinement et face à une reprise encore incertaine du paysage culturel. Aux établissements de prendre maintenant en compte ces données pour mettre en place un suivi de leurs élèves et leur apporter le soutien nécessaire. Au risque sinon que le Covid-19 ait sacrifier une génération de jeunes artistes en herbe.

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