La Nouvelle-Aquitaine réduit ses subventions aux institutions culturelles : la musique lourdement impactée

Mathilde Blayo 27/05/2020

Six structures de la région voient leurs aides baisser en cours d’année. Une décision qui crée une vive polémique alors que le secteur culturel subit de plein fouet la crise sanitaire.

Le 15 mai dernier, la région a voté une baisse de 466 000 € dans les subventions accordées à six institutions culturelles de Nouvelle Aquitaine : la Scène nationale du Théâtre auditorium de Poitiers (TAP) ainsi que les trois formations musicales qu’il accueille : l’Ensemble chorégraphique de La Rochelle, l’Ensemble ARS NOVA, l’Orchestre de Chambre Nouvelle-Aquitaine et l’Orchestre des Champs-Elysées ; et l’Opéra National de Bordeaux (ONB). La Région explique cette décision par la volonté de « rééquilibrer » les subventions sur le territoire. Les montants des aides seront ainsi augmentés pour d’autres structures.

« Un mois et demi de programmation »

Alors que l’ONB devait toucher 1 580 000 € d’aide, ce montant sera finalement de 1 380 000 €. Une perte de 200 000 € qui « peut paraître absorbable pour un établissement comme le nôtre, mais qui correspond à notre marge artistique. Celle-ci nous permet notamment d’embaucher des artistes extérieurs à nos forces permanentes, des intermittents techniques, explique Olivier Lombardie, administrateur général de l’ONB. 200 000 € c’est un opéra de moins, soit 20% de notre programmation lyrique. »  Une somme non négligeable pour l’établissement qui tente depuis cinq ans de se redresser de ses difficultés financières.
Au TAP, 100 000 € sont amputés aux 900 000 € d’aides annoncées. Une somme qui, là aussi, est importante pour la structure : « C’est notre budget pour un mois et demi de programmation, rapporte le directeur du lieu, Jérôme Lecardeur. C’est aussi l’équivalent de 45% de ce que nous dépensons en salaire pour les intermittents. »

Un rôle régional financé par la ville

Un coup dur pour ces institutions qui traversent une crise inédite avec l’impact du Covid-19 et la fermeture des salles de spectacle. À Bordeaux, Olivier Lombardie estime que la perte de recette d’ici septembre pourrait s’élever à 2,5 millions d’euros. « On avait bien d’autres sujets à traiter, on ne pensait vraiment pas qu’une telle baisse nous tomberait dessus dans cette période », rapporte-t-il. A la mairie de Bordeaux, principal financeur de l’institution, le maire Nicolas Florian dit « regretter » cette décision, indiquant que la ville « sera bien obligée » de compenser la perte. L’incompréhension domine pour Olivier Lombardie, qui affirme qu’ « on peut réfléchir sur les sommes versées à des institutions, mais il faut en parler ensemble, définir des critères, des objectifs. » L’ONB met notamment en avant son rôle régional en matière d’emploi et de diffusion de la musique avec 15 à 20% de l’activité de ses formations permanentes qui a lieu hors de Bordeaux. « Nous sommes présents sur toute la Nouvelle Aquitaine, nous sommes aussi une vitrine pour l’ensemble des formations musicales de la région qui viennent jouer à Bordeaux, et pourtant c’est la ville qui paie majoritairement pour cela », rappelle Olivier Lombardie pour qui l’explication de « rééquilibrage régional » ne devrait pas concerner la capitale régionale. L’institution bordelaise a néanmoins obtenu que la décision soit revue à l’automne.

Ciblage musical à Poitiers

L’incompréhension domine aussi à Poitiers, où la subvention de la région n’a pas changé depuis la création du lieu en 2008. « Ce qui nous trouble encore plus, rapporte Jérôme Lecardeur, c’est que la clé de voute du soutien de la région était le soutien aux formations associées au TAP, qui sont, elles aussi, touchées par ces baisses. Le ciblage musical est curieux. » L’Ensemble Ars Nova pourrait ainsi perdre 50 000 € de subventions, 40 000 € pour l’Orchestre de chambre Nouvelle-Aquitaine. Intervenant sur une année en cours, en révision d’une aide déjà annoncée, cette baisse aura un impact sur la saison 2020-2021. Le directeur du TAP considère aussi qu’ « il n’y avait pas de pire moment pour nous annoncer cela. Nous avons 15 000 billets à rembourser, les compléments des salaires sur le chômage technique… Sans compter que le TAP n’est pas éligible au Plan d’urgence régional pour faire face à a crise du covid-19. » Jérôme Lecardeur  regrette qu’il n’y ait pas eu de concertation avec la région pour redéfinir les aides versées aux différents acteurs culturels du territoire.

Soutien des Scènes nationales

La Région justifie ces baisses par la volonté d’un « rééquilibrage » des subventions. Les 14 millions de fonds destinés au spectacle vivant sont maintenus et des scènes nationales comme La Coursive à La Rochelle ou Le Moulin du ROC à Niort, voient leurs subventions augmenter. Pour autant, les Scènes nationales de Nouvelle-Aquitaine ont fait savoir leur désaccord avec la décision régionale. Dans leur lettre ouverte du 13 mai adressée au président de Région, les directeurs des sept autres Scènes nationales du territoire sollicitent « un rendez-vous collectif pour entendre votre expression sur cette « nouvelle politique culturelle » qui vient gravement diminuer les capacités d’une Scène Nationale dans une période de crise majeure », jugeant cette baisse « intolérable et inexplicable. » Une solidarité du réseau qui réconforte tant que faire se peut Jérôme Lecardeur, qui rappelle que le TAP est le principal employeur culturel du département et la plus importante scène nationale de la région.

Prenant en compte la situation de crise, le président de la Région, Alain Rousset, a demandé que soit versé le plus rapidement possible le premier acompte des subventions et un point de situation budgétaire doit avoir lieu le 30 septembre pour ajuster, si nécessaire, l’assiette budgétaire de l’aide 2020. Pas sûr que ces mesures soient suffisantes alors que l’écosystème culturel est exsangue.

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