Les enfants : la musique du monde d’après

Antoine Pecqueur 29/05/2020

Ce fut l’une des rares bonnes nouvelles de la pandémie : le Covid-19 a épargné, hormis quelques rares et dramatiques exceptions, les enfants. C’est ce qui a notamment permis le mois dernier la réouverture progressive en France des écoles puis des collèges.

Les conservatoires se sont, par contre, retrouvés dans le flou. Alors que des établissements s’apprêtaient à rouvrir courant mai, dans la même dynamique que l’Éducation nationale, le décret “déconfinement” a décidé de maintenir leur fermeture. Une cacophonie qui pointe une fois de plus la situation intenable des conservatoires, financés majoritairement par les collectivités territoriales, mais placés sous l’égide de l’État, qui semble un peu l’oublier…

Une chose est sûre : pour inventer le monde d’après, et éviter, comme le dit l’écrivain Michel Houellebecq, qu’il soit comme le monde d’avant « en un peu pire », la balle est désormais dans le camp de la jeunesse. C’est elle qui déjà a su réveiller l’opinion, avant la pandémie, sur les questions écologiques, trop souvent ignorées par les générations précédentes. Et c’est elle qui est maintenant en première ligne pour imaginer un futur vivable et non “survivable”, où, comme dans l’idée wagnérienne d’“art total”, tous les secteurs doivent désormais être imbriqués : social, économique et, bien sûr, culturel.

Nous avons donc souhaité faire coïncider cette sortie progressive de l’épidémie (à l’heure où nous écrivons ces lignes) avec un numéro consacré aux enfants. Première pratique culturelle des Français, la musique séduit les plus jeunes d’entre nous. Mais son apprentissage soulève de vrais enjeux : à quel âge commencer la pratique ? Sur quel type d’instrument ? La réponse à ces questions est tout sauf anecdotique. C’est d’elle que découlera de la joie ou, au contraire, de la tension. Comme on le voit sur la question des méthodes, la transmission dans le domaine musical est à cheval entre la perpétuation de traditions et l’innovation pédagogique.

Les salles de concert commencent (enfin !) à saisir que la jeunesse est le levier de leur propre avenir. La Philharmonie de Paris va ainsi ouvrir au printemps prochain une “Philharmonie des enfants”, un espace ludique de 1 000 mètres carrés, qui pourrait ensuite se dupliquer dans différentes salles, en France comme à l’étranger. Avec en ligne de mire l’Asie, où la jeunesse s’empare de la musique, notamment classique, comme le montre, dans ce numéro, le reportage d’Adrien Simorre à Taïwan.

Les artistes ont aujourd’hui pleinement conscience du rôle indispensable de la transmission. Même les plus célèbres : la mezzo-soprano Magdalena Kozena vient de lancer dans son pays natal, la République tchèque, un ambitieux projet destiné à apporter la musique classique dans toutes les écoles. Ce type d’exemple est de plus en plus fréquent et l’on ne peut que s’en réjouir.

Reste une interrogation : la distanciation physique, les gestes barrières mis en place en raison de la crise sanitaire, sont à l’inverse de la transmission même de la musique. Comment s’adapter sans renoncer à ces valeurs ? La question est cruciale : à l’heure d’une société obnubilée par l’image, l’écoute doit être un enjeu prioritaire pour les générations futures.

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