La Philharmonie des enfants : « Investir le corps et les sens »

Antoine Pecqueur 29/05/2020

Mathilde Michel, directrice générale de la Philharmonie des enfants, nous décrit l’avancement du projet, qui doit ouvrir au printemps prochain.

En quoi va consister la Philharmonie des enfants ?

Il s’agit d’un espace de 1 000 mètres carrés, au premier étage de la Philharmonie de Paris. Jean Nouvel avait imaginé y installer une cantine pour les employés. C’est un espace un peu alambiqué, mais intéressant, dont il a fallu tirer parti. L’idée est que les enfants puissent y déambuler librement, en s’emparant de machines, d’objets. Investir leur corps et leur sens. Le numérique est volontairement caché. Par exemple, une installation va permettre à un enfant de diriger un orchestre (en l’occurrence, les musiciens de l’Orchestre de Paris) grâce à un logiciel de reconnaissance gestuelle mis en place avec l’Ircam. Mais il sera face à un décor et non devant une sorte de jeu vidéo. Les écrans sont réduits à la portion congrue.

Quelle tranche d’âge est concernée ?

Les enfants seuls entre 4 et 10  ans pourront déambuler librement. Les bébés ne sont pas interdits, mais, bien sûr, accompagnés de leurs parents ! Nous cherchons à toucher l’enfance dans ce qu’elle garde de poésie, d’absence de filtre. Nous pourrons accueillir une centaine d’enfants simultanément. Le public sera mixte : scolaires comme individuels. Il y aura une billetterie, mais avec beaucoup de facilité pour les familles en difficulté sociale. Par ailleurs, nous n’aurons pas de médiateur ou de musiciens.

Comment avez-vous travaillé avec les fabricants de jeux musicaux ?

Beaucoup de choses passionnantes se passent en France. Nous avons une industrie du jeu vidéo très performante, qui connaît les capacités de progression des enfants. À l’intérieur de notre espace, il y aura d’ailleurs une zone intitulée “La petite fabrique” dédiée à l’accueil de start-up investies sur le sujet et qui pourront tester des innovations avec les enfants.

Quel est le financement de la Philharmonie des enfants ?

Il s’agit d’une filiale détenue à 70 % par la Philharmonie. Le reste est réparti entre la Caisse des dépôts et consignations et trois fonds d’investissement, spécialisés dans l’épargne sociale et solidaire. Le capital est de 10 millions d’euros, ce qui couvre le coût du projet dans sa phase de conception et d’investissement sur trois ans. Le budget annuel sera ensuite d’environ 1,5 million d’euros.

Pourquoi la Philharmonie ne gère-t-elle pas en interne ce service, à l’instar de ses autres départements ?

On a dû courir après les sous ! Il était en outre difficile de déployer du mécénat, qui finance déjà en grande partie Démos. Il nous a fallu trouver une alternative au modèle subventionné, et donc un modèle équilibré susceptible de dégager une rentabilité. Nous comptons aussi pouvoir dupliquer cette Philharmonie des enfants dans d’autres salles en France et à l’étranger. Il y a déjà un projet en cours avec l’Arsenal de Metz.

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