« N’ayez pas peur des vents »

Mathilde Blayo 03/06/2020
Le “Collectif des instrumentistes à vent, pour une reprise de notre activité” exprime son inquiétude, dans une lettre ouverte que nous publions ici, face aux amalgames de certains médias qui lient instruments à vent et propagation du virus. Florent Charpentier, clarinettiste à l’Orchestre national de Metz, nous explique l’origine de cette démarche.

 

Comment est né le collectif ?

Tout est parti d’une publication Facebook. Cela faisait plusieurs fois que je voyais des articles de presse publiant des choses approximatives sur les vents. Un article du Point mentionnait les vents comme « ventilateur à virus ». L’article du Parisiensur le retour du Grand Echiquier décrivant « un postillon sorti d’une trompette qui se projette jusqu’à 4,5m » nous a vraiment fait réagir. D’autres interventions à la télévision ont eu lieu, avec des propos fantaisistes. Ce que nous craignons, c’est que les lecteurs de ces journaux aient peur de revenir nous écouter, que ça les dissuade d’aller dans les salles de concert.
Le collectif sur Facebook est né à la suite de ces réflexions et compte plus de 1000 personnes aujourd’hui. Sur ce groupe, chacun poste des articles qui pêchent dans leur formulation ou dans les informations. On a consulté les membres pour savoir s’ils étaient d’accord pour lancer une pétition ou une lettre ouverte. Finalement cette lettre ouverte [à lire ci-dessous] a recueilli 120 signatures pour le moment. 

Quelles sont les dernières études scientifiques sur la question de la propagation du virus par  les instruments à vent ? 

Les dernières études allemandes et autrichiennes montrent que le risque est minime. A part la flûte, qui a un diamètre de projection des aérosols de 80 cm autour du musicien, ce diamètre ne dépasse pas 50 cm pour les autres instrumentistes à vent. Il n’est pas question de “postillons” à 5 mètres comme on a pu le lire. En France, une étude est en cours, le projet PIC (Projet pour les instruments de musique face au coronavirus), portée par la CSFI, l’Itemm et Les Forces musicales. C’est la première étude française et c’est une bonne chose, car le paysage musical français n’est pas l’allemand ou l’autrichien. Nous suivons cela de près. 

Du côté des orchestres, est-ce que les vents sont mis au ban ? 

Certains orchestres ont d’abord envisagé une programmation uniquement avec les cordes. Ce n’est pas une bonne idée. Il faut que cordes et vents reprennent l’activité ensemble, qu’on puisse se faire confiance. Mais la pandémie est en train de passer et on ose espérer que la peur va diminuer. Aux professionnels nous voulons dire : n’ayez pas peur des vents, n’ayez pas peur de nous reprogrammer. Nous étions contents de voir que, pour son premier concert, l’Orchestre de Paris a décidé de mobiliser un grand ensemble à vents. Même si c’est un concert sans public, c’est important pour nous. A l’Orchestre national de Metz, il y a aussi un programme en projet avec des vents. C’est un bon début, heureusement on évolue dans le bon sens. Les vents sont présents, même si c’est en petit effectif.

 

Lettre ouverte à la suite de l’article du Parisien du 21 mai 2020

Nous sommes un collectif d’instrumentistes à vents, professionnels et amateurs, constitué durant le confinement dans le but de débattre ensemble sur les conditions d’une reprise de nos activités musicales, et plus généralement de réfléchir à leur avenir face à l’épidémie de Covid-19. Au nom de ce collectif, nous souhaitons réagir à l’article “Le Grand Échiquier” paru dans Le Parisienle 21 mai 2020 et écrit par François Rousseaux.

Cet article participe d’un certain acharnement à l’encontre des musiciens instrumentistes à vents. En effet, dans le contexte d’épidémie que nous vivons, toute pratique est observée à la loupe, afin de déterminer s’il existe un risque accru ou non lié à cette activité. La pratique d’un instrument à vent est, pour ces mêmes raisons, au centre de discussions depuis plusieurs semaines. Si nous sommes heureux que les médias et des journaux comme Le Parisien s’emparent de cette question, nous constatons malheureusement qu’ils traitent bien souvent le sujet superficiellement, voire qu’ils avancent à des fins sensationnalistes des données très contestées voire fausses.

C’est ainsi que, dans l’article du Parisien, portant sur les coulisses de la réalisation de l’émission Le Grand Echiquier sur France 2, une petite phrase aux allures anodines s’est glissée subrepticement, introduisant une information erronée et, par la même occasion, un questionnement chez le lecteur. Voici le paragraphe qui a suscité notre colère et notre incompréhension : 

« L’orchestre, réduit à 30 musiciens privilégiera les cordes et se passera d’instruments à vent comme la flûte ou le saxophone: un postillon d’une trompette se projette jusqu’à 4,50 mètres. »

Les trompettistes “postillionneraient” donc? Et cela jusqu’à 4,5 mètres? 

Un certain nombre d’études scientifiques sérieuses sur la question ont été publiées dernièrement, notamment en Autriche et en Allemagne. Ces études, réalisées dans un cadre scientifique exigeant, ont été commandées par de grands orchestres allemands et autrichiens, tels que le Vienna Philharmonic, les sept orchestres que comptent Berlin, ainsi que l’Orchestre symphonique de Bamberg. Toutes ces études, sans exception, concluent à un risque minimal de contamination dans le cadre de notre pratique. Elles démontrent même qu’il est plus dangereux d’éternuer ou de tousser sans respecter les gestes protecteurs que de jouer d’un instrument à vent, selon l’équipe scientifique ayant travaillé avec les musiciens de Bamberg. Ainsi, les scientifiques préconisent à peu près les mêmes règles de distanciation physique que pour n’importe quelle autre pratique musicale, puisque la diffusion d’aérosols dans l’air, maladroitement nommés “postillon” par le journaliste François Rousseaux, semble ne pas dépasser un rayon de 80 cm autour du musicien. 

Nous considérons que l’article du Parisien, apparemment mal informé des dernières études en date, est révélateur d’un traitement trop superficiel des sujets liés à nos activités de musiciens et qu’il fait du tort à notre profession. 

Grand quotidien national, Le Parisienest un journal lu par de nombreuses personnes, dont une partie de notre public. Il nous apparaît donc vital que les informations diffusées concernant ce sujet soient vérifiées  afin que celles-ci ne portent pas préjudice inutilement à notre activité. De telles informations risqueraient, in fine, de dissuader les mélomanes les plus craintifs face au coronavirus de retourner dans nos salles de concert. 

Nous craignons aussi que la reprise des activités musicales dans notre pays ne soit encore retardée à force d’informations exagérées et non fondées. Certaines formations symphoniques françaises envisagent d’ailleurs déjà de reprendre leurs activités sans instruments à vent, uniquement avec des concerts en effectifs cordes.

D’autres, heureusement, comme l’Orchestre de Paris, montrent l’exemple et choisissent de marquer les esprits en programmant un concert de reprise faisant la part belle aux instruments à vents. 

Pour résumer notre propos, dans le contexte complexe et très tendu du spectacle vivant, nous prions les médias de ne pas céder à la surenchère et créer une psychose excessive chez leurs lecteurs. 

Une petite phrase peut faire de grand tort et nous ne pouvons prendre ces sujets à la légère. Il s’agit de notre passion et de nos métiers et nous n’accepterons plus d’être stigmatisés de la sorte.

Le collectif des instrumentistes à vents, pour une reprise de notre activité.

 

Liste des signataires :
Eje Aahlander, trompettiste
Coline Allié, flûtiste à l’Orchestre national de Bordeaux
Vivian Angelloz, bassoniste
Rafael Angster, Basson solo de l’orchestre philharmonique de Strasbourg
Batiste Arcaix, basson solo à l’Opera de Rouen Normandie, professeur au CRR de Paris
Tristan Arnal, trompettiste
Claire Arnold, professeure de clarinette, CRR de Perpignan
Joséphine Aubert, professeure de flûte traversière, école de musique de Loches
Pierrick Beaujard, chef et saxophoniste à la Lyre Txaranga (86)
Sébastien Berettoni, directeur artistique de Cattenom Loisirs Culture, chef d’orchestre du grand orchestre d’harmonie de Cattenom, trompettiste, président de l’association Festival Cuivres
Adrien Besse, clarinettiste, professeur, producteur et représentant Henri-Selmer
François Biensan, trompettiste
Laetitia Bouvet, clarinettiste
Aurore Brisset, saxophoniste et chef d’orchestre d’harmonie
Tristan Bronchart, flûtiste
Claude Bulourde, clarinettiste amateur en harmonie et bassoniste amateur en symphonique, Saint-Nazaire
Léa Sicard Caggini, flûtiste
Antoine Cambruzzi, clarinettiste
Guillaume Cardot, tromboniste et chef d’orchestre
Julie Carles, bassoniste
Nicolas Cardoze, bassoniste à l’orchestre de l’Opéra de Lyon
Florent Charpentier, clarinette solo de l’Orchestre national de Metz
Claire Charrut, hautboïste
Frédéric Chasline, basson solo de l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo
Joë Christophe, clarinettiste
Axelle Ciofolo-de Peretti, clarinettiste et saxophoniste
Anne Clément Philippe, 2d hautbois/cor anglais solo à l’Orchestre de Picardie
Médéric Collignon, artiste musicien (cornet, bugle, saxhorn) et vocaliste, professeur au département jazz du  CNSMD de Paris
Catherine Coquet, hautboïste
Marie-Cécile Courcier clarinettiste
Nicolas Creton, cornettiste, président du brass band Sagona
Beatrice Crespino, hautboïste
Olivier Cruz, tromboniste basse
Guillaume Cuiller, hautbois
Véronique Dalmont, flûtiste
Guillaume Deshayes, hautboïste à l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée.
Jean-Pierre Doudet, trompettiste amateur et président d’orchestre d’harmonie
Christophe Eliot, trompettiste, chef d’orchestre
Patrick Erard saxophoniste et chef d’orchestre d’harmonie
Grégoire Favre saxophoniste
Marina Ferrari, flûtiste
Carlos Ferreira, clarinette solo de l’Orchestre national de Lille et du London Philharmonia
Eric Fillou, luthier pour instruments à vent
François Frémeau, trompettiste, professeur au CRR de Toulouse
Michel Geay, Lyre Txaranga
Stéphane Gentil, chef produit clarinette Henri-Selmer Paris
Carjez Gerretsen, clarinettiste
Joël Gilbert, tromboniste au brass band des Pays de Loire, chercheur au CNRS en acoustique
Olivier Gillet, trompettiste, Les Mées
Caroline Gindrey, flûtiste, Haut-Doubs
Laurent Saboureau, trompettiste, président de l’association La Lyre trimouillaise et du groupe d’animation musicale La Lyre Txaranga
Olivier Giraud, professeur de flûte et musique de chambre au CRR de Toulon Provence Méditerranée
Pauline Godart, hautboïste, Orchestre de Pau-Pays de Béarn
Pierre Gomes, basson solo de l’Orchestre national de Metz, associate member du Mahler Chamber Orchestra, professeur au conservatoire de la ville de Luxembourg
Francis Gross, saxophoniste
Beatrice Gueritaud, luthier pour clarinette
Jerôme Guichard, professeur assistant au CNSMD de Lyon
Franck Guicherd, trompettiste
Yoanne Gillard, hautboïste
Fabrice Guy, trompettiste, professeur à l’EMM de Gueugnon et président du brass band Sud Bourgogne
Renaud Guy-Rousseau, clarinette basse solo de l’Orchestre national de France
Rémi Grouiller, hautboïste à l’Orchestre de Paris
Frédérique Gruszecki, flûtiste
Romain Guyot, clarinette, concertiste, soliste du Chamber Orchestra of Europe, professeur à la Haute Ecole de musique de Genève
Michaël Henen, clarinettiste-saxophoniste, professeur à l’Académie de musique de Welkenraedt (Belgique)
Isabelle Hermann, violoniste freelance
Julien Hervé clarinette solo de l’Orchestre philharmonique de Rotterdam, professeur à Codarts, University of Performing Arts
Claude Hervieu, flûtiste
Vincent Jaloux, tubiste
Dominique Jolivet, euphoniumiste
Martine Kis, présidente de l’orchestre de clarinettes Clarinetti
Hugues Lachaize, hautboïste orchestre des Pays de Savoie
Franck Langard, clarinettiste
Briac Lardeux, clarinettiste
Bertrand Laude, clarinettiste
Jacqueline Le Bouëdec, flûtiste, musicienne amateur, présidente des Musiques du Golfe, big band et orchestre bavarois
Sophie Lebowski, professeur de trompette dans les villes de Cattenom, Yutz, Talange, Gandrange
Vincent Legoupil, bassoniste
Romain Leleu, trompettiste soliste, professeur au CNSMD de Lyon
François Lemoine, clarinettiste
Patrice Lerech trompettiste et professeur de trompette
Anne-Sophie Lobbé, clarinettiste
Séverine Longueville, basson solo de l’Orchestre de Pau-Pays de Béarn
Nadine Mabrut, flûtiste, musicienne à OHC 63
Pierre Makarenko, hautboïste
Severine Mallard Lachaux, professeur de cor au CRR de Metz
Frédéric Malfroy, clarinettiste et directeur d’harmonie
Didier Martin, trompette solo à l’Orchestre de Saint-Étienne
Paul Meyer, clarinettiste, concertiste
Rodolphe Millet, trompettiste
Dominique Modry, clarinettiste et directrice de l’école Bolero d’Oberhausbergen
Arnaud Montois, Business Sales chez Henri-Selmer Paris
Nans Moreau, clarinettiste à l’Orchestre national de Lyon
Nathalie Moreau, corniste
Christian Morisseau, clarinettiste et saxophoniste
Daniel Mourek, clarinette solo à l’Orchestre de Flandres
Hélène Mourot, hautboïste à l’orchestre Les Siècles
Anne Muller, bassoniste
Maxime Nade, trompettiste
Jérémy Oberdorf, clarinette solo à l’Orchestre philharmonique de Strasbourg
Anne Parisot, flûtiste
Maxime Penard, clarinette basse solo de l’Orchestre symphonique de Mulhouse
Véronique Périsse, hautboïste
Roland Perrenoud, hautboïste
Clément Pescio, corniste
Philippe Poiret, harmonie du Val d’Authie et instrumentiste à vent
Nina Pollet, flûtiste, orchestre de la Garde républicaine
Vicens Prats, flûte solo de l’Orchestre de Paris
Joffrey Quartier, cor solo à l’Orchestre philharmonique de Radio France
Nathalie Ravaz, saxophoniste
Mathieu Reinert trompettiste
Lorentz Réty, hautbois solo de l’Orchestre symphonique de Mulhouse
Didier Reymond, clarinettiste
Sabine Reynaud, kinésithérapeute, clarinettiste
Nicole Rivière, trompettiste
Camille Rocher, bassoniste
Bruno Rossero retraité, trompettiste, enseignant, chef d’orchestre, directeur d’école de musique
Sébastien Rouillard, tubiste
Gabrielle Rubio, flûtiste
Pierre-Antoine Savoyat, trompettiste et compositeur
Philippe Schmitt, tuba, brass band Musicalis Algrange ,tromboniste au grand orchestre d’harmonie de Cattenom
B. Schwoebel, trompette, cor et saxhorn alto
Clémentine Serpinet, tromboniste
Caroline Simon, flûtiste
Claire Sirjacobs, hautboiste
Yua Souverbie, flûtiste
Arthur Stockel, Clarinette solo de l’Orchestre philharmonique du Luxembourg
Frédéric Sueur, clarinettiste
Alain Toiron, clarinette à l’Orchestre symphonique de Mulhouse
Maxime Tomba, corniste à l’Orchestre de chambre de Genève
Solveig Tranchant, hautboïste
Dominique Troccaz, hautboïste
Claire Tuytten-Nowak, clarinettiste
Marc Venturini, bassoniste
Amaury Viduvier, clarinettiste
Simon Vilcocq clarinettiste
Marie-Catherine Voirpy, flutiste, professeur de musique de chambre au CRR de Limoges
Ronan Yvin, tromboniste
Anne Zangoli, hautboïste

 

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