Covid-19 : trois à quatre fois plus d’échanges gazeux dans un orchestre qu’au bureau

Antoine Pecqueur 05/06/2020
Des chercheurs de l’université Côte d’Azur publient les résultats préliminaires d’une étude réalisée avec 31 musiciens d’un orchestre européen. Des résultats qui appellent à la prudence pour la reprise des concerts.
Anne Maugue est doctorante au laboratoire de l’université de Nice Côte d’Azur. Elle est à l’origine d’une étude réalisée par des chercheurs de cette université, et lancée avant le confinement, sur la quantité d’air inspiré et expiré par les musiciens, pour, notamment, mettre en perspective ces données avec celles des pratiques sportives.
Trente et un musiciens d’un orchestre européen, représentant les différents pupitres, y ont participé. Les premiers résultats de l’étude se révèlent d’un très grand intérêt dans le contexte de reprise des concerts après la crise sanitaire. Ils appellent à la prudence.

Résultats contradictoires avec l’étude de Vienne

« Les résultats préliminaires montrent que la quantité d’échanges gazeux générés en moyenne par un orchestre symphonique pourrait être trois à quatre fois supérieure à celle attendue pour des activités de bureau, à nombre de personnes équivalent », affirme l’étude, dont La Lettre du Musicien a pris connaissance. Cette information vient contredire les conclusions de l’étude réalisée avec les musiciens du Philharmonique de Vienne, qui affirmait, il y a un mois, qu’il n’était pas nécessaire d’adapter la pratique orchestrale dans la perspective du déconfinement. » C’est donc un pavé dans la marre que jette cette étude, alors que de plus en plus d’orchestres se montrent impatients de relancer l’activité de concerts. Les musiciens d’un orchhestre européen ont participé à des tests cardio-respiratoires en laboratoire (épreuve d’effort, mesures spirométriques, protocole instrumental), puis en répétition et en représentation, équipés de cardio-fréquencemètres, durant plusieurs mois.

Seuils d’intensité élevés

« Les résultats montrent que l’intensité de la pratique instrumentale, liée au niveau d’essoufflement, chez les musiciens d’orchestre professionnels, est très variable : parfois proche d’une intensité de repos, elle conduit souvent les musiciens à dépasser des seuils d’intensité élevés, à l’instar des activités sportives », indique l’étude. Les graphiques que nous publions sont en cela très représentatifs. « Les centaines de mesures réalisées en situation de travail par les musiciens d’orchestre ont montré des dépenses énergétiques moyennes équivalentes à une pratique sportive, variables en fonction des répertoires, des circonstances de jeu, répétition ou représentation, scène ou fosse d’orchestre, du caractère musical du passage joué, de l’état de fatigue ou de fraicheur. Cumulées avec la durée de l’effort (entre quarante-cinq minutes et trois heures et demie), elles s’avèrent élevées. » Parmi les intensités les plus élevés figurait celle du violon solo.

Cette étude se veut donc très prudente : « Si chacun appelle de ses vœux une reprise de la vie culturelle, celle-ci implique des précautions raisonnables eu égard aux éléments connus de maîtrise du risque. »

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