Les coulisses de la nomination de Klaus Mäkelä à l’Orchestre de Paris

Antoine Pecqueur 19/06/2020

Le chef finlandais est nommé, à l’âge de 24 ans, à la tête de l’Orchestre de Paris, où il succède à Daniel Harding. Un pari excitant pour la phalange.

Il ne figurait pas au départ dans la liste des chefs favoris pour prendre la direction de l’Orchestre de Paris. Au cours de la saison 2019-2020, la phalange avait invité cinq chefs, afin de les “tester” au cours de deux programmes : Tugan Sokhiev, François-Xavier Roth, Karina Canellakis, Pablo Heras-Casado. Mais aucune de ces baguettes n’a totalement convaincu l’orchestre, même si Tugan Sokhiev semblait faire la course en tête.

Cinquième de Chostakovitch

Il aura en fait suffit d’un concert de Klaus Mäkelä pour enthousiasmer les musiciens. En juin 2019, le chef finlandais dirige une Symphonie n°5 de Chostakovitch, de manière à la fois acérée, précise, galvanisante. Il n’a que 24 ans, mais Mäkelä est déjà un dompteur d’orchestre. Violoncelliste de formation, il a étudié la direction à Helsinki auprès du légendaire Jorma Panula, qui a formé l’excellente école nordique de chefs d’orchestre. Il fut aussi le professeur d’Esa-Pekka Salonen, autre grand chef finlandais que l’Orchestre de Paris rêvait d’avoir comme directeur musical – mais ce dernier est déjà à la tête de l’Orchestre de San Francisco et consacre une grande partie de son temps à la composition. Klaus Mäkelä a donc tout pour plaire, sauf, que, seul hic, et non des moindres, le jeune maestro vient de prendre le poste de chef principal de l’Orchestre philharmonique d’Oslo. Et en avril dernier, son contrat à la tête de cette phalange a été prolongé pour sept saisons.

L’entregent de Laurent Bayle

Il aura donc fallu tout l’entregent de Laurent Bayle, le directeur général de la Philharmonie de Paris, qui a depuis 2019 intégré en son sein l’Orchestre de Paris. Bayle va devoir convaincre l’agent de Klaus Mäkelä, le puissant Jasper Parrott, à la tête de l’agence londonienne Harrison Parrott. La tâche est rude, d’autant que de nombreux orchestres veulent avoir ce chef, comme l’Orchestre du Capitole de Toulouse, qui  cherche un successeur à Tugan Sokhiev… Mais Laurent Bayle dispose d’un formidable atout pour un chef, et aussi pour un agent : il est à la tête de l’un des plus beaux auditoriums de la planète. Le fait d’avoir intégré l’Orchestre de Paris à la Philharmonie est en cela stratégique : la salle devient un levier pour attirer les noms prestigieux. On l’avait déjà vu au cours des dernières saisons, avec la venue de chefs invités à comme Valery Gergiev ou Riccardo Chailly, qui se produisent aussi à la Philharmonie avec leurs propres orchestres. Une sorte de deal win-win. La nomination de Mäkelä aurait été impossible si l’orchestre était resté à part, avec son statut associatif.

Klaus Mäkelä va tout d’abord être conseiller musical de l’Orchestre de Paris de 2020 à 2022, avant d’en prendre la direction musicale pleine et entière. Une phase de transition qui s’annonce excitante, à découvrir dès le 9 juillet : le chef finlandais dirige à la Philharmonie la Symphonie n°7 de Beethoven. Une “apothéose de la danse” faite sur-mesure.

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