Anne Maugue, flûtiste et chercheuse

Romain David 24/06/2020

La voix d’Anne Maugue se fait plus douce, presque rêveuse, lorsqu’elle parle de musique, surtout s’il s’agit de Prokofiev et Debussy, ses deux compositeurs de prédilection. À l’inverse, le débit est plus énergique lorsqu’il est question de ses recherches scientifiques.

Flûte solo dans un grand orchestre du sud de la France, elle étudie en parallèle de sa carrière d’interprète la dépense énergétique des musiciens d’orchestre professionnels. « Beaucoup s’accordent à dire que la pratique d’un instrument est similaire à une pratique sportive, mais les éléments scientifiques manquent encore pour faire le pont », explique-t-elle.
C’est dans le contexte du déconfinement qu’elle  a permis à La Lettre du Musicien de publier une partie de ses travaux sur la quantité d’air inspirée et expirée par les musiciens en représentation. 

« La question était sur la table. Ceux qui vont être amenés à prendre des décisions auront besoin de cette information », fait-elle valoir, alors qu’aucun protocole, concernant une reprise des concerts, n’a encore été dévoilé par les autorités.
La carrière de musicienne d’Anne Maugue débute par une entrée au conservatoire. « À 3 ans, j’ai déclaré que je voulais faire de la flûte ! Personne ne sait pourquoi. C’est un instrument qui m’a toujours attirée, sans doute à cause de sa fluidité. » Elle suit, à Caen, l’enseignement de Jacques Gillet, ancien élève de Marcel Moyse, avant d’entrer dans la classe d’Ida Ribera, puis dans celle d’Alain Marion au Conservatoire de Paris. Le bac en poche, elle commence des études scientifiques, mais très vite la musique l’emporte : « Pour me spécialiser, il fallait faire un choix. Même si la musique s’est imposée à moi, c’est la mort dans l’âme que j’ai abandonné les sciences. » À la fin des années 1980, elle entre à l’Orchestre philharmonique de Nice.
Après plusieurs années de pratique, Anne Maugue dresse le constat suivant : les musiciens qui se blessent font souvent appel à une médecine sportive, qui n’a pas toujours les clés pour appréhender efficacement leurs maux. « On ne soigne pas la tendinite d’un tennisman comme celle provoquée par un clavier d’ordinateur. Comment faire pour celle d’un contrebassiste ou d’un violoniste ? » Elle-même a souffert d’une péritendinite du coude, dont elle a eu du mal à se débarrasser. « En 2015, j’ai demandé à un chercheur en sciences du sport de l’université de Nice s’il avait des solutions à proposer aux musiciens. Il a soumis le sujet à ses élèves, mais aucun n’était vraiment intéressé, alors il m’a proposé de rejoindre son master. » Ce retour sur les bancs de la fac, à plus de 40 ans, la conduit quelques années plus tard à intégrer comme doctorante le laboratoire d’anthropologie et de psychologie cliniques cognitives et sociales de l’université. 
« Elle a un profil atypique, c’est pour ça qu’elle m’a plu. C’est un plaisir de travailler avec Anne, elle a une ouverture d’esprit que d’autres n’ont pas », souligne Anne-Sophie Rousseau, chercheuse à l’Inserm et sa plus proche collaboratrice dans l’étude relative aux dépenses énergétiques.

Pour la flûtiste, la pratique instrumentale et la recherche scientifique sont pleinement complémentaires. Par la rigueur qu’exigent l’une et l’autre, mais pas seulement : « Comme l’interprète, le chercheur a besoin d’une part de créativité. Quand on joue 100 fois la même œuvre, il faut pouvoir en proposer des lectures différentes. En recherche, la démarche est la même. On travaille souvent avec les mêmes données, mais certains jours on les regarde différemment. » Si la priorité absolue d’Anne Maugue reste l’orchestre, entre les répétitions et le temps consacré à ses travaux, les journées ont tendance à filer à toute vitesse. « Heureusement, ma famille est là pour me ramener sur terre ! »

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