Le soundpainting : le corps à la baguette

Mathilde Blayo 26/06/2020

Le saxophoniste de jazz Vincent Le Quang, formé au soundpainting dans les années 2000, par le créateur de la discipline, mène des ateliers au CNSMD de Paris.

Comment fonctionne le soundpainting ?

C’est un langage corporel créé dans les années 1970 par le compositeur Walter Thompson qui permet de composer en temps réel. Les ateliers de soundpainting que je donne au CNSMD s’adressent à des musiciens, qui viennent, pour la plupart, de la classe d’improvisation générative dont je m’occupe avec un collègue. Ce sont des musiciens très aguerris dans le domaine de l’invention libre. J’ai la position d’un chef d’orchestre, qui fait des gestes auxquels l’ensemble des musiciens performers répond par des sons. 

Le chef est le soundpainter. Les gestes que je fais, les signes du soundpainting ont un sens musical et constituent la partition, avec ses accents et ses nuances. Un signe correspond à une note tenue, un autre à une note brève. Je peux être très impératif dans les signes utilisés, indiquant par exemple : « Flûte 2, joue 5 temps avec les notes fa do sol », ou bien très libre en indiquant : « Flûte 2 improvise en relation avec ce que joue le pianiste. » C’est un code à apprendre, un langage qui peut varier selon les pays.

Quelle est la relation au corps dans le soundpainting ?

Le soundpainting se place dans un espace vide entre la composition et la libre improvisation. Je n’impose pas de direction préétablie. Le choix de chaque signe vient d’une interaction. C’est une inspiration mutuelle : par mes gestes, je crée les conditions d’une inspiration musicale et le groupe me donne un son qui n’est pas forcément celui que j’imaginais et qui me dirige ailleurs. Les musiques improvisées, qui ont émergé dans les années 1960-1970, ont repris conscience du corps, le pensant comme un instrument de musique, presque avec le postulat que la musique, c’est du corps en mouvement. Walter Thompson est un grand sportif et a eu à cœur de rendre immédiat et premier le sens du signe. Pour le musicien qui improvise, l’action du corps est une source d’inspiration. Il change sans cesse, susceptible d’apporter  la surprise. L’art de l’instant qu’est l’improvisation nous permet d’avoir ce regard sur les changements, les accidents du corps qui sont des bénédictions.

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