« La musique provoque une symphonie neuronale dans le cerveau »

Coline Garré 26/06/2020

Depuis deux décennies, les neurosciences offrent à la musicothérapie une assise scientifique indéniable. Entretien avec Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’université de Caen.

Depuis deux décennies, les neurosciences offrent à la musicothérapie une assise scientifique indéniable. Entretien avec Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’université de Caen.

Que disent les neurosciences des effets de la musique sur le cerveau ?

La neuro-imagerie fut une révolution dans les années 2000, en permettant de visualiser le fonctionnement du cerveau. Nous avons d’abord cherché, grâce à cette nouvelle technique, à identifier des régions spécialisées dans le traitement de la musique. Surprise : nous avons découvert que lorsqu’on écoute la musique, musicien ou non, l’ensemble du cerveau est mobilisé, les hémisphères droit et gauche, les régions de la mémoire immédiate et à long terme, les circuits des émotions, de la récompense, et les régions associatives visuelles.

La musique engage aussi les aires motrices, très connectées aux régions auditives. C’est pourquoi nous ressentons un besoin irrépressible de bouger sur certains rythmes ! On dit communément que la musique produit une symphonie neuronale dans le cerveau. De fait, rares sont les régions du cerveau que son écoute ne sollicite pas.

Comment ces nouvelles connaissances peuvent-elles transformer le soin ?

Les neurosciences cognitives ont permis de comprendre pourquoi la musique a un effet thérapeutique et d’identifier les mécanismes qu’elle mobilise, afin de mieux l’utiliser. Elle s’avère efficace en neurologie, dans la rééducation de patients ayant subi des lésions cérébrales et présentant des troubles du langage. Mettre des mots sur des mélodies réactive les réseaux du langage, en contournant les circuits endommagés, en prenant des chemins de traverse.  De même dans la maladie de Parkinson : marcher en musique sollicite des circuits alternatifs, permettant aux patients de retrouver une fluidité de mouvement. 

Nos recherches ont beaucoup porté sur l’Alzheimer, où, malgré la maladie, les souvenirs musicaux survivent. Au début d’une pathologie neurodégénérative, la musique peut contrer la dépression, l’anxiété. Dans les étapes plus avancées, elle est un moyen d’entrer en communication avec des patients qui se referment. Dès lors qu’on identifie un morceau qui résonne en eux, ils retrouvent une présence et une attention. Nous avons même démontré qu’on pouvait stimuler la mémoire inconsciente de ces patients et leur faire apprendre de nouvelles chansons, même s’ils oublient l’atelier au cours duquel ils les ont apprises. La musique est loin d’être une simple occupation ! Dans les troubles du spectre autistique, des collègues suisses ont montré que la musique, en plus d’augmenter les capacités d’empathie et d’interaction sociale, semblait “normaliser” des anomalies de connectivité cérébrale. Beaucoup d’études ont prouvé que les interventions musicales améliorent le bien-être des patients en fin de vie ou des nourrissons en néonatologie, jusqu’à permettre de diminuer les médicaments antidouleur.

Quelles sont les passerelles entre neurosciences et musicothérapie ?

Ces dix dernières années, il y a eu une meilleure interaction entre les neurosciences et les acteurs de terrain. Jusqu’à présent, ces derniers n’étaient pas toujours très bien formés. Aujourd’hui, les cursus proposent davantage de contenus médicaux et neuroscientifiques. Mais il y a encore du chemin à faire, pour qu’ils soient au diapason de ces recherches.

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