Florilège de petites pièces

Alain Pâris 26/06/2020

Le 19e  siècle a été propice à l’éclosion d’un répertoire multifacette de petites pièces instrumentales, de caractère ou d’inspiration populaire. Deux siècles plus tard, elles reviennent sur le devant de la scène.

Après avoir publié avec succès les premières danses hongroises de Brahms, l’éditeur berlinois Simrock avait vite compris quel parti il pouvait tirer de ce répertoire. En 1877, il passa commande à Sarasate de quatre cahiers de Danses espagnoles pour le violon. Bien sûr, ce sont des pièces écrites par Sarasate pour briller en récital, même si certaines sont offertes à d’éminents collègues comme la Romanza andaluza dédiée à la grande violoniste morave Wilma Norman-­Neruda. Le succès donna lieu d’emblée à plusieurs éditions, la première parisienne venant compléter et corriger la berlinoise. 

Le manuscrit n’est pas ici d’un grand secours, car les articulations, liaisons et nuances y brillent par leur absence. Il semble que Sarasate les ait ajoutées en cours d’édition. C’est Peter Jost qui est l’auteur de ce premier Urtext chez Henle, avec deux jeux de parties de violon, l’un sans indications, l’autre réglé par Ingolf Turban.

Un demi-siècle plus tard, en 1929, Sibelius composait deux cahiers de pièces pour violon et piano, op. 115 et 116. Il s’agit de son testament musical, puisqu’il ne livrera plus aucune œuvre achevée après cette date. L’Urtext que Breitkopf publie en cahiers séparés figurait dans l’édition complète en cours de publication. Il s’agit de pièces de caractère, les premières portant des titres allemands, les secondes des titres français, toujours dans une grande simplicité d’expression, ce dépouillement que Sibelius avait porté au paroxysme. Seules la Ballade op. 115 n° 2 et la Scène de danse op. 116 n° 1 font preuve d’une réelle virtuosité.

Après le succès de son Élégie, ­Fauré répondit à la demande de l’éditeur ­Hamelle, qui lui demandait une pièce de virtuosité pour le violoncelle, destinée à en être le pendant. Fauré composa donc, en 1884, une pièce sans titre spécifique. Hamelle voulait l’intituler Libellules, ce que refusa Fauré. Et ce n’est qu’en 1898 qu’elle parut sous le titre Papillon, son opus 77, qui connut rapidement un grand succès, au point d’être imposée au concours du Conservatoire de Paris dès 1913. Le manuscrit étant perdu, c’est cette édition qui a servi de base (mais avec corrections) à celle que propose Jean-­Christophe Monnier chez Henle.

Virtuosité-hommage sous la plume de Heinz Holliger, qui a écrit à l’intention de quatre grands violonistes actuels ses 4 Hommages pour violon seul (Schott). Souvenir de Newcastle est dédié à Thomas Zehetmair, souvenir-satire d’une exécution de la Symphonie n° 6 du Schubert dirigée par le dédicataire. Ri-tratto était un hommage à Hansheinz Schneeberger, aujourd’hui disparu à plus de 90 ans, mais qui mit jusqu’à un âge avancé son talent à la découverte des nouveaux répertoires. Isabelle Faust a reçu un petit triptyque où voisinent en filigrane Bach, Hoffmann et Lenau. Quant à la dernière pièce, c’est la fille (8 ans à l’époque) de Patricia Kopatchinkaja qui en est à l’origine, un joli petit texte que Holliger a habillé pour la mère et la fille.

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