Quelle rentrée de septembre pour les orchestres étrangers ?

Mathilde Blayo 26/06/2020
L’impact de la crise sanitaire varie selon les pays et les modèles économiques. Tour d’horizon.
La pandémie de Covid-19 a mis tous les orchestres du monde à l’arrêt. Selon les pays, les musiciens ont été plus ou moins protégés. Quand le Metropolitan Opera de New York prenait la décision radicale de cesser de payer ses artistes, le système allemand montrait « un soutien rapide et volontariste », nous dit Benoît Machuel, secrétaire général de la Fédération internationale des musiciens. Une fois la sidération passée, l’espoir d’un retour à la scène se lève à l’est, comme à Taïwan.

En Europe, les orchestres envisagent prudemment la saison prochaine, suspendus aux résultats des études scientifiques. Sept orchestres allemands ont collaboré avec l’hôpital universitaire de la Charité de Berlin, qui a donné des recommandations pour le placement des musiciens sur scène. Ce document sert de base au Philharmonique de Berlin, qui préfère attendre avant de modifier sa saison.

À Berlin, jauge réduite

« Cela ne sert à rien de tout modifier maintenant, car les informations arrivent petit à petit, les directives vont évoluer, explique Knut Weber, violoncelliste, membre du comité de direction. Il est peu probable qu’on puisse jouer le programme tel quel, mais on se laisse jusqu’à la fin du mois de juin pour établir une nouvelle programmation. » En suivant les recommandations actuelles, 37 instrumentistes à cordes pourraient jouer, ou 28 cordes et 5 vents. Mais pour l’orchestre, le problème principal est le nombre de spectateurs accueillis. « Si la distance réglementaire ne change pas, on ne pourra vendre que 400 billets au lieu de 2400, explique Knut Weber. La billetterie est pourtant l’une de nos premières sources de recettes, avec les tournées qui sont pour le moment en suspens. » L’orchestre, qui dispose d’un système de captation et a donné des concerts en streaming pendant la crise, pourrait continuer à se produire en ligne, si le public ne peut pas revenir dans les salles à la rentrée.

À Londres, concerts plus courts

Le London Symphony Orchestra (LSO) envisage d’adopter des formats plus courts, d’une heure, et de se produire plusieurs fois par jour. « Nous conservons la structure de la saison, pour le moment, en essayant de l’adapter : on garde le compositeur, mais on prend une œuvre qui nécessite moins de musiciens, explique Kathryn McDowell, la directrice générale. Il y a de nouvelles annonces chaque semaine, on ne va pas tout refaire dès maintenant, il faut rester flexibles. » Pour respecter la distance entre les musiciens, l’orchestre se montre créatif : dans sa salle de St Luke, il pourrait  faire jouer les cuivres dans la galerie au-dessus de la scène. « Nous regardons attentivement ce que font les autres orchestres européens et échangeons beaucoup. Cette crise est aussi un moment de partage et de collaboration bénéfique pour l’avenir. »

Benoît Machuel s’inquiète néanmoins que l’envie de rejouer pousse à des reprises trop rapides, qui ne garantiraient pas assez la sécurité des musiciens. « Il ne faut pas perdre de vue que, dans cette crise, les musiciens les plus touchés sont les free-lances, qui ne bénéficient pas toujours de système d’intermittence. À la rentrée, les orchestres n’auront probablement pas besoin de faire appel à des musiciens supplémentaires. ».

 

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