Covid-19 : des cachets à la baisse

Mathilde Blayo 01/07/2020

Avec les normes sanitaires et les restrictions de jauge, qui induisent une diminution des recettes pour les salles de concert, les artistes voient leurs rémunérations réduites.

Depuis le déconfinement et la possibilité de reprendre les concerts, les agents d’artistes, les directeurs d’ensemble ou d’orchestre sont confrontés à la question de la renégociation des cachets. Accepter une baisse qui peut mettre en difficulté le musicien ou la structure, mais aidera la salle de concert ? Ou refuser cette renégociation et perdre un contrat, en maintenant une exigence de rémunération à hauteur de la prestation prévue. Un dilemme face auxquels beaucoup font le même choix : accepter la baisse.

Solidarité et volonté de jouer

« Un festival d’été a vu sa jauge réduite de 40% et a demandé à renégocier le cachet des artistes programmés, raconte un agent qui a souhaité garder l’anonymat. L’organisateur s’est excusé de ces conditions, assurant que si les artistes refusaient ce nouveau cachet, ils pourraient être reprogrammés en 2021. Mais ils ont accepté la baisse, conscients de la situation de crise à laquelle fait face le festival, tributaire de ses ressources propres et qui ne peut pas faire autrement. » Cette réaction solidaire des artistes envers les organisateurs peut aussi prendre une autre forme. Delphine Chrétien, administratrice du Banquet céleste et agent, a d’elle-même proposé de doubler un récital pour un deuxième cachet réduit de moitié. Elle a dû mener d’autres négociations de ce type pour des concerts à venir, « en devançant les organisateurs pour consolider le début de saison prochaine, explique-t-elle. Aujourd’hui, il est plus simple d’annuler un concert que de le maintenir en l’état, alors il faut faire des efforts financiers, des propositions pour rester programmé. Je n’ai qu’une idée en tête : remettre les musiciens sur scène. » Dans le cas des baisses de cachet pour le Banquet céleste, l’ensemble assumera le manque à gagner pour les artistes : « J’ai demandé des aides supplémentaires. Je fais des propositions soutenables pour la structure. »

Un cachet progressif

A la Philharmonie de Paris, le doublement des concerts n’est envisagé que certains week-ends, pour une question d’horaire. L’établissement opte, pour le moment, pour un cachet de base réduit pour tous les concerts. « Ce n’est pas encore arrêté, ce pourrait être un cachet réduit de 50% », nous dit Laurent Bayle, directeur du lieu. Ce cachet de base pourra monter selon l’augmentation de la jauge. « Si nous devions garder des coûts pleins avec une salle à moitié de recettes, on perdrait 1,5 million d’euros par mois. Nous ne voulons pas arriver à la fin d’année à un dépassement budgétaire de 10 millions d’euros. Ce n’est pas pour nous que nous devons contrôler cela, mais si une salle comme la Philharmonie doit déposer le bilan, ne pourront être invités que les artistes qui font salle comble à tous les coups. » L’accord solidaire est compris par l’immense majorité des artistes, indique le directeur, qui compte sur l’assouplissement des règles sanitaires pour augmenter la capacité d’accueil de la Philharmonie et revaloriser les cachets. A l’heure actuelle, les différents groupes de spectateurs doivent être séparés d’une place. D’ici le 10 juillet, le ministère de la Culture doit annoncer si cette distanciation sera levée.

Réflexion de long terme

Au-delà de ces accords solidaires et circonstanciés, tous pointent du doigt le risque d’une baisse qui s’installe à long terme. « Il y a sans doute une réflexion à mener sur l’économie du secteur, sur l’activité des chanteurs lyriques, concède Delphine Chrétien. Mais il ne faut absolument pas se baser sur cette période pour redéfinir tout cela. » Tant que les salles n’auront pas retrouvé un équilibre budgétaire, « les artistes les moins installés dans le marché pourraient toujours voir les cachets tirés vers le bas », considère Laurent Bayle.

Aujourd’hui, nos interlocuteurs dénoncent aussi des pratiques, loin de la notion de solidarité. Certains festivals, soutenus par de grandes fondations, n’accordent pas d’indemnisation. D’autres ont annulé des concerts pour programmer des artistes différents aux mêmes dates, alors que l’équipe des concerts annulés avait proposé de réduire les cachets.

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