Roselyne Bachelot, ministre de la Culture

Antoine Pecqueur 06/07/2020
L’ancienne ministre de la Santé succède à Franck Riester à la Rue de Valois. La nomination de cette figure de la droite, passionnée par l’opéra, est-elle une bonne nouvelle pour le secteur ?

Emmanuel Macron avait deux choix. Il pouvait nommer comme ministre de la Culture un professionnel du secteur, connaissant parfaitement son écosystème, dans le but de gérer la difficile sortie de crise sanitaire. Le risque était que la personnalité choisie, par exemple sa conseillère culture Rima Abdul-Malak, soit peu connue du grand public. L’autre possibilité était de privilégier une figure plus incarnée et plus politique. Avec en arrière-plan la préparation de la prochaine campagne présidentielle...

En nommant Roselyne Bachelot (73 ans), qui fut notamment ministre de la Santé sous Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron fait le choix d’ancrer encore plus le gouvernement à droite de l’échiquier politique, dans la lignée de l’arrivée de Jean Castex à Matignon. Roselyne Bachelot avait d’ailleurs salué sur Twitter la nomination de ce dernier, « fan de musique », précisait-elle, faisant référence au Festival de Prades, dont Jean Castex fut maire.

Assidue des médias

Depuis son départ du gouvernement de François Fillon, Roselyne Bachelot fréquentait assidument les médias, avec notamment une chronique aux “Grosses têtes”, l’émission de RTL. A côté de ces talk-shows, elle intervenait également sur France Musique. Car s’il est un domaine culturel que la nouvelle ministre affectionne tout particulièrement, c’est bien la musique classique. Et plus particulièrement l’opéra : on lui doit notamment un ouvrage sur Verdi (éd. Flammarion). Elle est proche du baryton Jean-Philippe Lafont, qui fut pendant la campagne présidentielle de 2016 le coach vocal d’Emmanuel Macron…

Pied de nez à la politique culturelle des Verts

La nomination de cette amoureuse d’art lyrique peut aussi se voir comme un pied de nez à la vague verte des élections municipales. Les nouveaux maires écologistes sont nombreux à remettre en question le fonctionnement des opéras. A Bordeaux, Pierre Humic avait appelé pendant la campagne à un audit de l’Opéra, dont la subvention représente 20% du budget culturel de la ville. A Strasbourg, Jeanne Barséghian s’interroge sur la nécessité de construire un nouvel Opéra, alors que l’édifice actuel n’est plus aux normes. Si les candidats écologistes défendent une culture de proximité, en co-construction avec les habitants, Roselyne Bachelot semble pour sa part davantage incarner la défense des grandes institutions, qu’elle fréquente assidument. Le monde d’avant face au monde d’après ?

Reste une question centrale : la musique classique, qui comprend aussi bien les grandes institutions que les petites associations, va-t-elle bénéficier de l’arrivée d’une personnalité aussi mélomane ? Le secteur aura sans doute une oreille attentive, mais la réponse dépend surtout de la constitution du cabinet, qui devrait être connu dans les prochains jours.

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