Qui sont les nouveaux adjoints à la culture ?

Rédaction 07/07/2020

Suite aux élections municipales, tour de France de celles et ceux qui vont avoir en charge la politique culturelle des grandes villes de l’hexagone.

Les villes sont les premiers financeurs de la culture. Le poste d’adjoint en charge de ce secteur est donc capital pour la vie culturelle, et notamment musicale. Ce sont les villes qui gèrent les opéras, les conservatoires… Le 28 mai, le deuxième tour des élections municipales a été marqué par un fort renouvellement politique, avec notamment l’arrivée d’un grand nombre de maires écologistes. Au cours des derniers jours ont été nommés les équipes d’adjoints : portrait de celles et ceux en charge de la culture, de Paris à Perpignan.

Paris : Christophe Girard

Au cours de la campagne des élections municipales, Christophe Girard nous confiait avec modestie ne pas savoir s’il serait encore en fonction en cas de réélection d’Anne Hidalgo. Les prétendants au poste étaient à coup sûr nombreux… En mars, Christophe Girard avait par ailleurs été entendu comme témoin dans l’Affaire Gabriel Matzneff – l’écrivain, au cœur d’une enquête pour viols sur mineur, aurait pu bénéficier d’un soutien financier de la Maison Saint-Laurent, dont Christophe Girard était à l’époque secrétaire général. Mais la crise sanitaire est ensuite venue tout bouleverser. Face à l’arrêt du paysage culturel, Christophe Girard a su lancer un vaste plan d’action, qu’il a détaillé dans nos colonnes : 15 millions d’euros pour la culture et le lancement d’un mois d’août culturel. Ses bonnes relations avec les acteurs du secteur ont aussi pu contribuer à son maintien au poste, ainsi que sa volonté d’apaisement sur le sujet de la réforme des conservatoires. Rappelons néanmoins qu’il n’a pas le même poids symbolique que ne l’avait au début de la mandature précédente Bruno Julliard qui était lui premier adjoint en charge de la culture.

 

Marseille : Jean-Marc Coppola

A Marseille, la nouvelle maire Michèle Rubirola ne manque pas de projets pour la vie musicale : la création d’un conservatoire par arrondissement, la construction d’un auditorium symphonique… Des paroles aux actes ? Le portefeuille devrait être confié à Jean-Marc Coppola, issu du PCF. Le mouvement du Printemps marseillais entend lancer « une vraie révolution dans la ville, explique Jean-Marc Coppola à nos confrères de Made in Marseille. Ça commence par une véritable reconnaissance des acteurs culturels ». Des assises de la culture devraient être lancées très prochainement.

 

Lyon : Nathalie Perrin-Gilbert

C’est une membre de La France insoumise, Nathalie Perrin-Gilbert, qui devient adjointe à la culture à Lyon. Celle qui fut maire du 1er arrondissement lyonnais pendant près de vingt ans est une figure bien connue de la gauche lyonnaise. Quelle sera sa feuille de route ? Le nouveau maire de Lyon, Grégory Doucet, entend lancer dès que possible des états généraux des droits culturels, pour impliquer davantage la population dans les choix culturels. « La culture sera sanctuarisée, mais doit être mieux partagée », a affirmé le nouveau maire à nos confrères de « Rue 89 », ajoutant que « les décors de l’Opéra coûtent très cher pour un nombre réduit de représentations ». Voici l’institution prévenue. Le temps où l’ex-directeur de l’Opéra Serge Dorny dinait à grand frais avec Gérard Collomb, l’ancien maire de la capitale des Gaules, comme l’avait révélé « Médiacités », semble bien révolu.

 

Toulouse : Francis Grass

Jean-Luc Moudenc, maire républicain sortant et réélu de Toulouse, s’entoure de fidèles expérimentés : Francis Grass, 71 ans, était déjà adjoint à la culture pendant la précédente mandature. Président de l’Aïda (Association des industriels et Entreprises Amis de l’Orchestre national du Capitole) de 2001 à 2019, il a montré un intérêt réel pour l’orchestre de la ville et la diffusion de la musique classique. Le bilan culturel de Francis Grass est notamment marqué par la création de la Halle de la Machine, d’une salle de musique actuelle, le Metronum, qui aura coûté près de 7 millions d’euros. Les projets portés par l’équipe municipale pour la prochaine mandature sont aussi ambitieux : un nouvel auditorium pour l’Orchestre de Toulouse, qui souffre aujourd’hui de l’acoustique de la Halle aux grains, une cité de la Danse… Mais l’opposition politique et une partie de l’écosystème artistique local reproche à la mairie un manque de vision et une institutionnalisation de la culture qui tuerait l’identité créatrice de Toulouse.

 

Nice : Robert Roux

C’est une création de poste. Les responsabilités culturelles étaient jusqu’alors réparties à Nice entre différents adjoints. Désormais, c’est Robert Roux qui va superviser l’ensemble des dossiers. L’adjoint à la culture de Christian Estrosi, auparavant en charge du cinéma et des arts, voit donc ses missions élargies. Une nécessité tant le paysage culturel niçois connaît des situations de crise, comme on l’a notamment vu récemment avec le cas du Centre de création musicale CIRM.

 

Nantes : Aymeric Séassau

Si la maire Johanna Rolland a été reconduite à la Mairie de Nantes, son adjoint, lui, change : David Martineau laisse la place à Aymeric Séassau. Ce dernier, secrétaire départemental du PCF, était jusqu’alors adjoint en charge de la lecture publique. Comme à Lille, Aymeric Séassau devra gérer un paysage culturel déjà riche, mais lourdement impacté par la crise sanitaire. La Folle journée vient ainsi d’annoncer le changement de la thématique de sa prochaine édition (la musique russe laisse la place à Bach et Mozart) pour permettre d’aborder des répertoires plus adaptables dans des jauges réduites. Et peut-être surtout garantir des recettes supérieures dans un contexte de crise économique.

 

Strasbourg : Anne Mistler

Dans la capitale alsacienne, le poste d’adjoint à la culture est tout sauf anecdotique. C’est le précédent adjoint, Alain Fontanel, qui s’était présenté aux élections municipales avec l’étiquette LREM, s’alliant au second tour avec le candidat LR. Un pari perdu, puisque Jeanne Barseghian a remporté largement les élections. La nouvelle maire écologiste a immédiatement donné un signal au monde culturel, en fêtant sa victoire au bar du Théâtre national de Strasbourg, dirigé par Stanislas Nordey. Après le symbole, la maire donne un gage de sérieux en nommant comme adjointe Anne Mistler. Cette dernière a occupé le poste de directrice de la Drac Grand Est de 2014 à 2018. Il est peu de dire qu’elle connaît donc parfaitement les acteurs du secteur. Elle aura notamment à gérer le difficile sujet de l’Opéra du Rhin. L’édifice n’étant actuellement plus aux normes, deux options se présentent : une nouvelle rénovation du bâtiment existant ou la création d’un édifice ex nihilo. Dans les deux cas, des chantier coûteux. De manière globale, on notera que les écologistes sont peu enclins à construire de nouveaux équipements, en raison de l’impact environnemental.

 

Bordeaux : Dimitri Boutleux 

Dimitri Boutleux devrait être nommé adjoint à la culture du nouveau maire écologiste Pierre Hurmic. Ingénieur paysagiste, Dimitri Boutleux est un nouvel arrivant en politique ; par sa formation et son métier, l’élu se montre particulièrement sensible à l’art urbain et à l’appropriation des espaces publics par les citoyens. Une approche de la culture qui rejoint la ligne défendue par le candidat Pierre Hurmic pendant la campagne, celle d’une désinstitutionalisation de l’art à Bordeaux. Il envisageait notamment un audit financier de l’Opéra, qui reste malgré tout un emblème historique et un outil de rayonnement de la ville, employant environ 400 personnes.

 

Lille : Marie-Pierre Bresson

Changement de génération au poste d’adjoint à la culture à Lille. Après Marion Gautier, qui avait été nommée à 25 ans à ce poste lors du précédent mandat de Martine Aubry, c’est Marie-Pierre Bresson, 52 ans, qui obtient ce poste. Une nomination assurément stratégique : cette figure de la vie associative est très impliquée dans les questions écologiques. Or Martine Aubry a été talonnée au second tour à quelques centaines de voix près par le candidat vert Stéphane Baly. Il fallait donc donner le maximum de gages aux écologistes. Parmi les sujets cruciaux à gérer pour Marie-Pierre Bresson va figurer très rapidement la nomination d’un nouveau directeur pour l’Opéra. Qui pour succéder à Caroline Sonrier, qui aura su dynamiser cet établissement ?

 

Rennes : Benoît Careil

Benoît Careil retrouve son poste d’adjoint à la culture de la ville de Rennes alors que la maire sortante, Nathalie Appéré, a été réélue, dans une coalition avec les verts. Benoît Careil, écologiste, est l’ancien bassiste du groupe des années 1990, Billy Ze Kick. Aussi producteur, particulièrement tourné vers les musiques actuelles, il a notamment créé une association travaillant sur une meilleure gestion publique de la fête. Il est particulièrement impliqué sur les questions des droits culturels, consistant à impliquer les habitants dans les choix de politique culturelle. 

 

Le Havre : Fabienne Delafosse

Dans la ville d’Edouard Philippe, Fabienne Delafosse rejoint l’équipe municipale pour la première fois. Havraise de 43 ans, Fabienne Delafosse a créé son entreprise « Jeux d’enfants », créatrice de micro-crèches sur la ville après 13 ans dans l’hôtellerie. Elle est élue à la CCI Seine Estuaire. Le candidat Edouard Philippe s’était félicité du succès du programme « Lire au Havre » en réaffirmant son engagement pour une politique d’accès à la culture pour tous. Fabienne Delafosse devrait ainsi prolonger les objectifs du dernier mandat, face à une scène culturelle havraise qui demande la définition d’un réel projet culturel. 

 

Tours : Christophe Dupin

L’écologiste Emmanuel Denis a pris la mairie de Tours, détrônant Christophe Bouchet, maire depuis 2017. Son adjoint à la culture et à l’éducation populaire est Christophe Dupin, 51 ans, le porte-parole d’EELV en Touraine. Il est professeur de sciences économiques et sociales et de cinéma audiovisuel en lycée, un « citoyen ordinaire » plutôt proche du milieu associatif tourangeaux. Un dossier bien institutionnel l’attend pourtant sur la table : la nomination du prochain directeur de l’Opéra de Tours qui doit prendre la suite de Benjamin Pionnier, en conflit ouvert avec les musiciens de l’orchestre. Une scène musicale locale qui attend aussi un nouvel élan.

 

Perpignan : André Bonet

Louis Aliot a finalement réussi, au bout de la quatrième tentative, à prendre la ville de Perpignan, devenant le seul maire Rassemblement national d’une ville de plus de 100 000 habitants. Il a nommé André Bonet en tant qu’adjoint à la culture. Fondateur et ancien président du Centre Méditerranéen de Littérature, l’homme de lettre a rejoint Louis Aliot pour « l’homme d’abord » qui est « porté par un vrai projet ambitieux pour Perpignan, avec cet esprit d’ouverture qui m’a séduit », rapporte-t-il dans Le journal Catalan. Lors de la campagne, Louis Aliot évoquait sa volonté de créer un festival international de musique gitane et de faire de la ville la capitale du genre. Avant le deuxième tour pourtant, une cinquantaine de personnalités du monde de la culture locale se mobilisait contre l’élection du candidat RN. De nombreux intellectuels s’inquiètent également de l’usage qui pourra être fait du centre d’art contemporain qui porte le nom de Walter Benjamin, dénonçant la « tentative de dédiabolisation, puis de normalisation du Rassemblement national, qui dans ce but n’hésite pas à évoquer, outre la mémoire juive, les gitans et l’histoire tragique de la retirada espagnole ». Les prochains mois montreront ou pas une éventuelle ingérence de l’équipe municipale dans les structures culturelles de la ville, du théâtre de l’Archipel au festival Visa de photojournalisme, dont les expositions montrent régulièrement les dérives autoritaires des politiques d’extrême droite.

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