Série d’été : les festivals qui résistent

Mathilde Blayo 10/07/2020

2/8 : Festival européen Jeunes talents

Au cœur de Paris, le Festival européen Jeunes talents a décidé de maintenir sa 20e édition du 5 au 25 juillet. Une décision nécessaire pour répondre au besoin du public et des artistes de se retrouver.

Ils entrent un par un dans la cathédrale Sainte-Croix des arméniens, en plein cœur du Marais, respectueux des distances de sécurité sanitaire. Passage obligé à la distribution de gel hydro alcoolique où l’un d’eux tempête : « C’est déjà insupportable ! Je vais devoir garder ça sur mon nez tout le concert ? » Mais malgré les masques, la plupart retrouve avec bonheur le plaisir d’être bientôt le public attentif de jeunes chanteurs, le public d’un spectacle vivant. Laurent Bureau, fondateur du Festival européen Jeunes talents, va à la rencontre des spectateurs réguliers, mécènes ou mélomanes qui, ensemble, se remercient « d’être là ».

Maintenir le festival était « une nécessité, pour le fondateur. Par rapport au public, cantonné au virtuel depuis trois mois, sans contact avec les artistes. Mais aussi par rapport à nos partenaires et mécènes, qui représentent 50% du budget du festival et dont certains cherchaient à conforter notre situation selon leurs moyens. On ne pouvait pas leur dire qu’on annulait alors que c’était possible, même si plus compliqué. » L’édition a demandé « autant d’énergie que les 19 précédentes » mais peut finalement se tenir avec une programmation inchangée et une jauge réduite, au mieux, de moitié. « Quand on vous regarde, on a l’impression que l’église est pleine, ne vous y trompez pas », rappelle Laurent Bureau devant le public de visages masqués, évoquant modestement l’appel aux dons qui permettra au festival de combler le manque à gagner de la jauge réduite. « Si le résultat de cet appel aux dons n’est pas concluant, la situation sera périlleuse », confie le fondateur.

Le bonheur des retrouvailles

Les applaudissements tant attendus résonnent enfin dans la cathédrale, à l’entrée en scène de la soprano Marianne Croux, la mezzo-soprano Victoire Bunel, le ténor et baryton Marc Mauillon, le baryton Jean-Christophe Lanièce et le pianiste Guillaume Vincent. Sous le patronage de Marc Mauillon, les jeunes artistes chantent alors un programme long et riche autour de la poésie française du XVe au XVIIe siècle, mis en musique plus tardivement parfois, par des compositeurs comme Reynaldo Hahn ou Georges Enesco. Deux heures de musique comme un arc-en-ciel émotionnel : rire, larmes, angoisse et joie colorent les pièces grâce au talent et à l’envie des jeunes musiciens. Pour plusieurs d’entre eux, c’était la première fois qu’ils retrouvaient le public. « Enfin ! Quel bonheur ! Ça a été tellement dur, nous confie Victoire Bunel. C’était aussi très bien de reprendre en format d’ensemble, de chanter ensemble, dans un esprit de chœur. » Un bonheur partagé par Marc Mauillon qui chantait aussi devant public pour la première fois depuis le confinement : « c’est un programme dans lequel on s’est fait plaisir et mes collègues ont vraiment joué le jeu. Ça fait tellement de bien ! » Des retrouvailles qui ont pu se faire sans perte financière pour les artistes et qui n’ont pas non plus été altérées par le port du masque du public « puisque l’écoute était bonne » considère le ténor.

Dans la cour de la cathédrale, les masques sont tombés et les spectateurs finalement rapprochés attendent la sortie des artistes. Dans le flot des discussions, quelques mots d’un enthousiaste se détachent: « quel pied de retrouver la musique ! »

 

Une question à Jean-Christophe Lanièce :

En tant que jeune artiste, quelles sont vos inquiétudes en matière de rémunération, de concert, pour votre avenir dans cet écosystème en crise ? Quels sont aussi vos espoirs ?

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous