Série d’été : les festivals qui résistent

Antoine Pecqueur 21/07/2020

4/8 : Festival de Saintes (Charente)

A défaut de pouvoir accueillir les spectateurs dans l’Abbaye aux Dames, la manifestation propose des concerts retransmis sur écran. Reportage.

« Merci pour cet exploit » ! Devant l’Abbaye aux Dames, une mélomane fidèle du Festival de Saintes tient à féliciter la directrice des lieux, Odile Pradem-Faure, d’avoir pu proposer des concerts malgré le contexte de crise sanitaire. La manifestation a toutefois été entièrement repensée : impossible d’accueillir à la fois public et artistes au sein de l’Abbaye, distanciation sociale oblige. « Nous avons alors décidé d’organiser malgré tout des concerts dans l’Abbaye en espaçant les musiciens et sans la présence de spectateurs. Un système de captation est mis en place pour permettre la retransmission à l’extérieur, dans les jardins », nous explique Odile Pradem-Faure. A défaut de pénétrer dans l’édifice roman, les mélomanes sont donc assis en plein air face à un écran. Frustrant ? Le festival a tout fait pour recréer un moment convivial. Avant la retransmission, les spectateurs sont invités à faire des siestes sonores ou à déguster quelques spécialités dans des food trucks.

Un défi acoustique

Et surtout, la captation filmée ne se veut pas simplement fonctionnelle. Le réalisateur Sébastien Glass dispose de huit caméras dont l’une sur une grue pour faire ressortir visuellement l’architecture. « On ne se limite pas à mettre les musiciens dans la nef en configuration de concert classique. Nous utilisons les bas côtés, le chœur, en jouant sur les lumières », nous décrit Sébastien Glass, avec à ses côtés le chef d’orchestre Léo Warynski comme conseiller musical. L’autre défi, c’est le son. Sans public, l’acoustique de l’Abbaye se révèle extrêmement réverbérante. « D’habitude, nous utilisons surtout un couple de micros et quelques appoints sur les instruments. Là, c’est l’inverse : nous misons principalement sur le son le plus proche », explique l’un des membres de l’équipe de Radio France en charge de la prise de son.

Des raisons sanitaires et économiques

La programmation, conçue par Stephan Maciejewski, a été réduite, avec neuf concerts, au lieu de la vingtaine prévue. Et ce sont les effectifs les plus réduits qui ont été généralement privilégiés. Pour des raisons de distanciation mais aussi d’économie (voir vidéo ci-dessous). Le Festival affirme une fois de plus son identité liée à la musique ancienne, avec la venue des chefs Lionel Meunier, Hervé Niquet, ou encore Philippe Herreweghe, figure incontournable de Saintes.

Même si l’Abbaye reste le centre névralgique du festival, des concerts sont aussi proposés sous forme de déambulations dans les rues. Des musiciens issus du Jeune Orchestre de l’Abbaye, sur instruments anciens, s’y produisent en musique de chambre. « La seule difficulté, c’est le soleil, avec lequel on doit s’adapter ! », glisse en souriant la hautboïste Claudia Anichi.

Mais artistes et mélomanes ont déjà hâte de se retrouver l’été prochain, d’autant que le Festival fêtera son 50ème anniversaire. Avec, espérons-le, à nouveau les portes de l’Abbaye ouvertes au public.

 

Une question à Odile Pradem-Faure, directrice de l’Abbaye aux Dames de Saintes :
Quel modèle économique pour cette édition repensée du Festival ?

 

Festival de Saintes, jusqu’au 25 juillet. www.festivaldesaintes.org

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