En Biélorussie, les musiciens mobilisés

Antoine Pecqueur 21/08/2020

Manifestations, concerts improvisés… les artistes sont en première ligne dans le soulèvement contre Alexandre Loukachenko.

L’image est spectaculaire. Devant la Philharmonie de Minsk, la plus grande institution musicale financée par l’État, les musiciens de l’Orchestre ont joué jeudi 17 août en soutien à l’opposante Svetlana Tikhanovskaïa. Habillés de blanc, la couleur de l’opposition, ils dénoncent les résultats truqués des élections présidentielles du 9 août, officiellement remportées par Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis vingt-six ans, et la répression subie par les manifestants, avec déjà deux morts et plusieurs centaines d’arrestations.

Dès le début de cette crise politique, les artistes se sont retrouvés en première ligne. L’une des trois principales leaders de l’opposition, Maria Kolesnikova, est elle-même musicienne, flûtiste de formation (elle a étudié à la Musikhochschule de Stuttgart). Et le plus important ralliement politique du mouvement a été celui de Pavel Latouchka, qui fut ministre de la Culture d’Alexandre Loukachenko et directeur du théâtre Ianka-Koupala. « La culture ne peut se développer dans un pays qui est une prison. Nous nous battons pour la liberté », déclare à La Lettre du Musicien Pavel Latouchka, qui dénonce la censure. Les thèmes comme la religion, l’homosexualité, la nudité sont purement et simplement bannis des scènes artistiques.

Un professeur de conservatoire gagne 200 dollars par mois

Après avoir étudié l’accordéon à l’Académie d’État de Minsk, Mikhaïl Suhaka est actuellement en classe de direction d’orchestre au CNSMD de Paris. Il nous décrit les conditions de vie des musiciens biélorusses : « Ils sont sous pression, profondément malheureux. Un professeur de conservatoire gagne environ 200 dollars par mois. Et imaginez-vous que les musiciens de la Philharmonie doivent eux-mêmes vendre les billets de concerts autour d’eux. » Cette situation explique l’exil de nombreux musiciens biélorusses à l’étranger. Mais aujourd’hui, la jeune génération est mobilisée pour faire changer le cours des choses. « La violence, le jour des élections et dans les semaines qui ont suivi, en particulier le comportement de la police, ont encore plus incité les Biélorusses à manifester. Une telle rébellion n’est jamais arrivée dans l’histoire du pays », souligne Pavel Latouchka. Mikhaïl Suhaka a voulu voter à l’ambassade de Biélorussie en France, mais n’a pu le faire, comme des dizaines d’autres ressortissants. « Je suis arrivé à midi, et à 21 heures, quand le bureau a fermé, je n’étais toujours pas passé. Il n’y avait qu’une cabine pour voter alors que l’ambassade est immense, et ils prenaient dix minutes pour désinfecter l’isoloir entre chaque votant. Tout était fait pour nous empêcher d’aller voter », nous dit le jeune musicien, avant de conclure : « Nous sommes aujourd’hui plein d’espoir et plein de peur. »

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