Les mesures de l’État pour la musique

Antoine Pecqueur 28/08/2020

Le Premier ministre Jean Castex et la ministre de la Culture Roselyne Bachelot ont annoncé différentes mesures jeudi 27 août aux professionnels du spectacle. Mais nombre d’incertitudes demeurent.

C’était une première. Jean Castex s’est rendu hier, jeudi 27 août, au ministère de la Culture pour détailler le plan d’aide au secteur devant les représentants du spectacle vivant : un symbole impensable en début de quinquennat, lorsque Matignon et la rue de Valois étaient en guerre ouverte. Au-delà des questions d’ego (Édouard Philippe et Françoise Nyssen étaient à l’opposé, quand Jean Castex et Roselyne Bachelot sont de la même famille politique), c’est aussi le contexte qui l’impose. La culture est l’un des secteurs les plus durement touchés par la crise sanitaire. Deux milliards d’euros sont fléchés, ce qui représente 2 % des 100 milliards du plan national de relance.

Sauver l’Opéra de Paris

Où iront-ils ? Le spectacle vivant bénéficiera de 432 millions d’euros. Dans cette enveloppe, 200 millions seront consacrés au public, dont la moitié uniquement aux opérateurs nationaux (5 théâtres nationaux et l’Opéra de Paris). La répartition peut sembler bien inégale, mais il s’agit pour le gouvernement de sauver l’Opéra de Paris, au moment de l’arrivée anticipée en septembre du nouveau directeur Alexander Neef. Le déficit de cette institution devrait être de plus de 45 millions d’euros en 2020. Pour rappel, sur un budget de 225 millions d’euros, un peu moins de la moitié vient de l’État. Les orchestres et ensembles, à la fois structures permanentes et celles fonctionnant avec l’intermittence, sans oublier les festivals, devront se contenter de 30 millions d’euros. On notera une aide de 20 millions d’euros pour la transition écologique, longtemps oubliée dans le secteur.

Différences entre zones

Le spectacle privé devrait, lui, recevoir 220 millions d’euros, dont 210 pour la musique et 10 pour le théâtre privé. À cela devrait s’ajouter le projet d’un fonds de compensation de 100 millions d’euros pour les salles qui joueraient à perte. Ces mesures seront-elles suffisantes pour calmer les tensions de plus en plus vives chez les opérateurs, en particulier dans le privé ? Pas sûr, car le cadre de la relance des spectacles reste encore bien flou. La limite des 5 000 spectateurs n’a pas été abolie, ce qui concerne tout particulièrement les musiques actuelles. Mais surtout, la différence entre zones interpelle : dans les zones « normales », la distanciation est supprimée dans les salles de spectacle, mais le port du masque demeure obligatoire. En revanche, dans les zones rouges, là où le virus circule activement, la distanciation physique entre les groupes de spectateurs sera maintenue. L’organisation de tournées va donc virer au casse-tête, d’autant que la carte des zones évolue au jour le jour…  Se pose aussi la question des répétitions : l’obligation de porter des masques s’imposera-t-elle en zone rouge pour les artistes, ce qui risquerait d’exclure les vents et les chanteurs ?

Reste enfin l’épineuse question des déplacements internationaux et la venue d’artistes étrangers, tandis que la France, et en particulier Paris, sont actuellement mis à l’index par plusieurs de nos voisins, comme la Belgique ou l’Allemagne.

On le voit : le gouvernement est dans une position d’équilibriste, entre volonté de reprise et prudence sanitaire.

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