Vincent Karche, ténor et garde forestier

Pieds nus, au contact de la terre humide, Vincent Karche se met à chanter. Sa voix résonne dans l’immensité de la forêt du Gâvre, près de Nantes. C’est ici qu’il se sent bien. Enfant, il aimait déjà s’isoler au milieu des arbres pour fuir la brume des fourneaux sidérurgiques de Moselle, département dont il est originaire. 

La forêt était un « refuge précieux » pour ce garçon timide, qui s’enthousiasmait aussi pour la musique classique. Bien des années plus tard, voulant conjuguer ses deux passions, Vincent Karche fonde en 2010 Randolyric : des balades chantées, en groupe, à la rencontre des arbres. Mais il veut aller plus loin. 
Le projet associatif Sylva Lyric est en cours de finalisation. « Les arbres ont un réel pouvoir de guérison, c’est quelque chose de très peu reconnu en France. Quand j’ai mal au crâne, par exemple, je m’assieds au pied de mon Douglas [son conifère préféré mais aussi son “ami”] et instantanément ça va mieux. Les bienfaits sont réels et je veux en faire profiter le plus grand nombre. » 

D’où ces immersions forestières thérapeutiques « qui permettent à chacun de se reconnecter avec le vivant ». Le fruit d’un long chemin… Dans les années 1980, son BTS de garde forestier en poche, le jeune actif tente d’échapper au service national obligatoire. Direction le Burundi, pour une coopération internationale en tant que chercheur forestier. Sans imaginer que ce voyage allait transformer sa vie. Sur place, il intègre une chorale pour occuper son temps libre. « Vous avez une vraie voix de ténor, il faut absolument la travailler », lui confie le chef de chœur. « C’est à ce moment-là que j’ai pris pleinement conscience de mes capacités », se remémore Vincent Karche, encore bouleversé par cette rencontre. Après un an et demi passé en Afrique, il signe un contrat de garde forestier à Mayotte. Il devait y rester deux ans : il y restera trois jours. « Je savais que si je m’installais là-bas, je ne pourrais jamais devenir chanteur professionnel. J’avais déjà 25 ans, il fallait que je fasse un choix ». Sa carrière de ténor débute.
Après avoir pris des cours de chant à Toulouse, Montpellier ou encore à Nice, il commence à se faire une place dans le monde de l’opéra. Le jeune artiste obtient des rôles à Innsbruck, puis intègre l’Opéra de Bâle. Les représentations s’enchaînent. Tout va très vite. Trop vite. En 2003, il perd sa voix en pleine représentation d’Orphée aux enfers d’Offenbach. « Je ne connaissais pas mes limites. Ça a été le début de la descente aux enfers. » Après sa rééducation, il remonte immédiatement sur scène. Lors de la première, son corps le lâche. Malaise vagal. « Je savais qu’il fallait que je marque une pause. Pendant trois ans ma vie a été infernale. J’avais tout sacrifié pour devenir ténor. Et là, plus rien. J’étais rempli d’un vide immense. Ruiné. » Il se pose alors une question : « C’était quoi mon rêve quand j’étais gosse ? » La nature, évidemment. Pendant quatre mois, il part s’isoler sur un site amérindien au Canada. « Cette expérience m’a sauvé la vie. Je me sentais vivant, dans l’instant. C’était incroyable de retrouver toutes ces forces intérieures qui se cachaient derrière ma fragilité. » De retour en France, il reprend sa carrière de ténor soliste. « Je voulais aller jusqu’au bout. » Pour autant, la nature fait partie intégrante de sa vie. Randolyric représente donc le mariage entre ses deux passions. « Une vie complètement atypique. »
Voici les premiers mots qui viennent à l’esprit du réalisateur Olivier Deparday lorsqu’il évoque son ami, aujourd’hui âgé de 52 ans : « Vincent a enfin trouvé un équilibre. Il a cherché, il est tombé à plusieurs reprises, mais là on peut dire qu’il a véritablement trouvé sa voie(x) ».
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