Bayreuth  : «  L’abîme mystique  »

Mathilde Blayo 02/09/2020
Dans le Festpielhaus construit par Wagner, la fosse d’orchestre s’enfonce à plus de 3 mètres sous la scène. Afin d’obtenir une sonorité irréelle, le compositeur a rendu l’orchestre invisible au public et aveugle à la scène. Le hautboïste Johannes Grosso, qui a joué avec l’orchestre du festival, nous livre son témoignage.

« L’ambiance est vraiment particulière. Les opéras de Wagner sont très longs et, dans la fosse, nous jouons dans la pénombre, sans rien voir de la salle ou de la scène. C’est un endroit tellement fermé et profond que nous jouons en short et en tee-shirt. Pour des raisons d’acoustique, aucun système de climatisation n’a été installé. La chaleur est tellement étouffante que cela peut poser problème pour les instruments. Heureusement, chaque entracte dure une heure, ce qui nous laisse le temps de nettoyer nos instruments, de se raccorder, de modifier les anches… Ces longues pauses d’une heure nous permettent aussi de sortir, d’aller manger. L’ambiance est vraiment très sympa. On peut lire, se reposer ; certains en profitent pour jouer à des jeux vidéo ! Mais même avec ces pauses, c’est éprouvant.
Du point de vue acoustique, c’est aussi très particulier et perturbant, puisqu’on n’entend presque pas les chanteurs. La fosse de Bayreuth exige une réactivité particulière aux indications des chefs d’orchestre. Beaucoup ont éprouvé des difficultés. Quand on fait un solo, c’est vraiment une question de confiance avec le chef et le jeu de tout l’orchestre. Le volume sonore est aussi très fort, car la fosse est quasiment fermée. Quand les cuivres et les percussions jouent à plein, les bouchons d’oreille sont indispensables. Paradoxalement, depuis la salle, le son est dosé, équilibré. Il est presque impossible d’apprécier les nuances à jouer dans ces conditions. D’où l’importance d’avoir un très bon chef. »

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