L’Opéra de répertoire

Mathilde Blayo 02/09/2020
Dans les pays germaniques, le fonctionnement des opéras est totalement différent de celui en vigueur en France. Le musicien doit montrer toute sa capacité d’adaptation.

L’opéra de répertoire est la norme en Allemagne comme en Autriche. Chaque soir, un spectacle différent est à l’affiche. Cette organisation fonctionne sur la base d’un répertoire censé être maîtrisé par les musiciens de l’orchestre. « À Vienne, nous avons un répertoire de 300 opéras, que nous sommes supposés pouvoir jouer sans avoir à faire de répétition. Pour un opéra dit “facile”, comme Don Giovanni, on ne répétera pas », explique Sophie Dervaux, basson solo à l’Opéra de Vienne. Pour d’autres opéras plus compliqués, il peut y avoir deux ou trois répétitions. « Mais comme nous sommes deux hautbois solo susceptibles de jouer, chacun fait une seule répétition », rapporte Johannes Grosso de l’Opéra de Francfort. La saison est divisée entre les pièces de répertoire et quelques premières : « Pour ces opéras “nouveaux”, il y a autant de répétitions qu’en France. Une fois donnée, cette production entre au répertoire de l’orchestre et on pourra être amenés à le rejouer plusieurs années après avec une seule répétition », explique le hautboïste. Sauf que les musiciens peuvent avoir changé…
Lors de sa prise de fonction à Francfort, Johannes Grosso a eu un choc : « J’étais en répétition générale d’un opéra de Mozart que je n’avais jamais joué. Nous ne sommes pas du tout habitués à ça en France et les nouveaux arrivent souvent paniqués. C’est assez compliqué, surtout combiné au stress de la période d’essai. » Ce fonctionnement demande beaucoup de travail aux musiciens, mais, avec le temps, les opéras s’inscrivent dans les mémoires.Les deux instrumentistes français apprécient ce rythme « jamais ennuyeux » et qui induit « surprise et découverte ».
L’avantage de cette organisation concerne surtout le spectateur, qui peut, dans une même semaine, voir cinq opéras différents, là où, en France, un seul peut être à l’affiche pendant un mois. Le corollaire de cette organisation est un rendu « pas toujours parfait, mais on s’adapte, reconnaît Sophie Dervaux. C’est un profil de musiciens spécifique, qui aime jouer des musiques très différentes sans beaucoup se reposer. »

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