Naissance de nouveaux festivals

Mathilde Blayo 03/09/2020

Malgré la situation sanitaire et économique, des manifestations sont nées de la crise et pourraient bien durer dans le temps.

Alors que plus de 2 000 festivals musicaux n’ont pu se tenir cet été en raison des risques sanitaires et économiques, la crise a malgré tout permis l’émergence de nouveaux festivals comme OuVERTures en Île-de-France, Grand Est’ival en région Grand Est ou encore Pulsations à Bordeaux. « Il fallait faire quelque chose pour que l’été ne soit pas silencieux », résume David Fray, pianiste à l’origine d’un festival au Potager du roi, à Versailles.

Soutien économique

C’est au début de l’été que ces projets ont vu le jour. Le festival OuVERTures, créé par la Fevis (fédération des ensembles vocaux et instrumentaux spécialisés) et dix ensembles de la région, est né grâce au soutien de la région Île-de-France, Valérie Pécresse annonçant fin juin vouloir proposer un été culturel pour les Franciliens et débloquant vingt millions d’euros d’aide. La région a ainsi financé la moitié du festival. De la même façon, David Fray et le quatuor Modigliani, initiateurs des concerts au Potager du roi, se sont lancés dans l’aventure grâce aux fonds de la région, qui ont couvert les trois quarts du budget. À Bordeaux, la municipalité a aussi apporté son soutien au festival Pulsations, monté par Raphaël Pichon et l’ensemble Pygmalion. « L’apport financier était relativement faible, mais la mairie a apporté une aide technique, logistique et sanitaire fondamentale », explique Raphaël Pichon. Ces festivals ont aussi bénéficié de la solidarité des lieux de concerts ainsi que des artistes, « qui ont accepté des cachets bien en dessous de ce qu’ils sont d’habitude », confie David Fray. Raphaël Pichon mentionne aussi « une multitude de petits mécénats en nature et en compétences qui ont permis de monter à bien le projet. »

Solidarité

L’émergence des festivals a aussi été rendue possible par la solidarité entre les musiciens. Pour monter OuVERTures en moins d’un moins, les dix ensembles participant ont mutualisé leurs savoir-faire. « Moi j’avais du temps ; d’autres avaient des compétences administratives pour les contrats, en communication, en logistique, raconte Jean-Christophe Frisch, directeur artistique du Baroque nomade. C’était l’auberge espagnole et nous avons beaucoup aimé ça. Chacun a trouvé sa place, sans compétition. Nous avons déniché de nouveaux lieux de concerts, de nouveaux partenaires ce qui nous sera très profitable à l’avenir. » En région Grand Est, une douzaine d’ensembles se sont mobilisés. « Chaque ensemble qui connaissait un territoire a organisé un parcours de mini-concert pour un autre ensemble, nous dit Fanette Rousseau, responsable du développement à la Fevis. Ce faisant, ils mutualisent les ressources, les contacts, ce qui comptera pour l’avenir. » Ces festivals Fevis avaient aussi la particularité de ne pas avoir de directeur artistique. « Chaque ensemble a joué ce qu’il voulait, ce qui a été très apprécié, rapporte Jean-Christophe Frisch. Cette liberté artistique est vraiment un élément identitaire du projet. » Au Potager du roi, David Fray et le quatuor Modigliani ont tenu à inviter des artistes et des ensembles qui, en majorité, « n’ont pas d’autre source de revenu que les concerts, explique le pianiste. Ça a été l’occasion de voir que solistes et chambristes peuvent sortir de leur case respective pour défendre une cause commune : la conviction que la société ne peut pas se passer de culture. »

Quelles suites ?

Ces festivals ont été un succès : 70 musiciens pour 20 concerts au Potager du roi, avec un maximum de 240 spectateurs. 20 concerts dans 8 lieux différents de Bordeaux pour le festival Pulsations. Une cinquantaine de représentations pour OuVERTures dont le public était au rendez-vous. Le festival se tenait dans différents jardins d’Île-de-France. « On a eu le sentiment qu’on jouait pour des publics qui ne seraient pas venus nous écouter dans nos salles de concert habituelles », rapporte Jean-Christophe Frisch. La Fevis comme les musiciens qui ont participé à l’aventure envisagent une pérennisation du festival, en l’élargissant à davantage d’ensembles de la région. « Ce qu’on ne pourra pas faire en revanche, c’est rejouer à fonds perdus comme ça a été le cas pour certains ensembles, modère Jean-Christophe Frisch. Sur ce plan, il faudra qu’on se prépare mieux pour l’année prochaine. » C’est aussi la question économique qui pose problème au Potager du roi. « Si le festival doit se refaire, il nous faudra un autre modèle économique, considère David Fray. Là, nos ressources étaient liées à la crise et on ne peut pas éternellement payer des artistes moins que ce qu’ils méritent. Beaucoup ont envie que ça continue, mais ça dépendra de critères financiers et de la volonté de Jean-Paul Scarpitta, le président du festival. » Raphaël Pichon étudie aussi la possibilité de pérenniser le festival bordelais, « mais ceci devra se faire sans la moindre concession sur ses raisons d’être, en assimilant les enseignements majeurs de cette crise ». Pulsations avait ainsi cours dans « une majorité de lieux où la musique classique n’a d’habitude pas sa place, éclaté dans un Bordeaux plus pluriel que de coutume. »

Alors que la crise économique et sanitaire semble loin d’être terminée, d’autres festivals devraient continuer à voir le jour en cette fin d’année. À Nîmes, Les Volques présentera sa première édition à partir du 8 octobre. Le projet, en construction depuis un an, a bien failli échouer à cause du Covid-19, « mais les artistes veulent jouer : le public est en attente. Nous devions sauver le festival », nous dit Carole Roth-Dauphin, à la tête du festival avec François-Xavier Roth et Pascale Berthelot. Les Volques doit aussi ancrer son action tout au long de l’année, à travers différentes actions pédagogiques : « On pense à l’avenir, on se dit qu’on a une place à prendre. »

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous