Les salles de concert peinent à retrouver leur public

Mathilde Blayo 09/09/2020

Mis à mal par la crise sanitaire, le secteur musical fait aujourd’hui face à la frilosité des spectateurs à revenir dans les salles.

« Fin juin, début juillet, au sortir du confinement, il y a eu un vrai rebond de l’activité musicale, une source d’optimisme, se souvient Olivier Haber, directeur général de La Seine musicale. Mais depuis le retour des vacances, la situation est dramatique. Le marché est atone. » Cette évolution de la situation a été constatée par tous nos interlocuteurs : si le public était heureux de retrouver la scène cet été, les engagements se font frileux pour la saison 2020-2021, en matière de réservation.

Moins 30% d’abonnés

« Pendant l’été musical à Metz, tous les concerts étaient complets. La jauge était réduite, le port du masque obligatoire, mais le public était au rendez-vous pour ces événements gratuits », constate Julia Dehais, directrice de la communication et des relations avec le public à la Cité musicale de Metz. Mais depuis l’ouverture de la billetterie au mois de juin, Julia Dehais constate une baisse de 20% des places vendues par rapport à l’année dernière et de 32% pour les abonnements. A l’auditorium de Lyon aussi, il y aurait une baisse de 30% du nombre d’abonnés par rapport à la même période 2019. A La Rochelle, la scène nationale de La Coursive a ouvert sa billetterie le 6 septembre, « normalement, il y a un véritable rush sur les places à l’ouverture de saison, rapporte le directeur, Franck Becker. Nous avons déjà 1200 abonnés de retard par rapport à la même période sur une année normale. »

Des jauges à moitié pleine

La Rochelle étant en zone verte, la jauge de La Coursive n’est pas réduite. « Nous avions préparé notre nouvelle saison en pensant avoir une demi-jauge, rapporte Franck Becker. Alors, quelles que soient les différences de jauges et la présence ou pas du public, nous pourrons assumer le maintien de notre programmation jusqu’au mois de décembre. En 2021, ce sera bien plus compliqué, si le public ne revient pas. » Pour d’autres salles en zone rouge, la situation est plus tendue. La baisse des abonnements et des réservations simples s’ajoute à des jauges réduites. A Lyon, la jauge a été réduite de 40%, passant d’une capacité de 2100 places à 1300 places pour les concerts symphoniques. « Sil faut compter encore une perte d’environ 30% des publics, on arrive à 70% de perte de public au final », explique Emmanuelle Durand, secrétaire générale de l’Auditorium de Lyon. Pour l’heure, la plupart des concerts prévus sont réservés à hauteur de 1000 places. Au théâtre des Champs-Elysées, malgré la jauge réduite à 1300 places sur les 1900 habituelles, certains spectacles ne sont réservés qu’à moitié. La situation est la même à La Seine musicale et Olivier Haber « pense possible d’annuler des spectacles, s’il n’y a pas assez de places vendues. »

Annulations ?

Peu de salles contactées envisagent des annulations. « On y a pensé, mais dans certains cas cela nous coûterait plus cher d’annuler », nous dit Isabelle-Anne Person, directrice des publics et du développement au théâtre des Champs-Elysées. Dans le cas de productions extérieures, les sociétés de productions prendront seules la responsabilité d’une annulation. « Mais nous avons le devoir de montrer que, même s’il n’y a pas grand monde, le spectacle reprend », affirme-t-elle. Même considération à Valenciennes, à la salle nationale du Phénix, où le directeur, Romaric Daurier, cherche avant tout « à ce que la rencontre entre le public et le spectacle puisse se faire, même s’il y a peu de personnes dans la salle. Il faut constituer de belles salles, malgré le nombre, favoriser la possibilité de la réception et de la rencontre. » Olivier Haber évoque également le taux de personnes ayant acheté un billet, mais ne venant pas au concert, lors du premier concert donné à l’Olympia au début du mois de septembre : 30%. « D’habitude on est sur un taux à 5-8%. 30%, c’est le taux de la période post attentat en 2015 », rapporte-t-il.

Retrouver le public

Les responsables interrogés expliquent cette désaffection du public par son âge moyen. A La Rochelle, la majorité du public a plus de 65 ans. En cause aussi, le risque d’avoir à demander un remboursement en cas d’annulation, le public étant échaudé par tous les remboursements demandés depuis mars. Olivier Haber et Romaric Daurier pointent également du doigt un climat « anxiogène. Il faut une communication générale rassurante et incitative à l’échelle nationale pour que les spectateurs reviennent dans les salles. Cette situation risque de durer un certain temps, alors il faut rationnaliser le risque pour rassurer les gens. » Olivier Haber souhaiterait aussi que les artistes appellent le public à retourner au spectacle. « C’est vital pour nous, dans une économie de projection, que les gens réservent. Si c’est annulé, vous serez remboursé à 100% », rassure-t-il. Tous sont lancés dans des campagnes de communication pour retrouver leurs spectateurs. Au théâtre des Champs-Elysées, davantage de places à 10 et 20 euros vont être proposées au jeune public.

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