« C’était un directeur passionné, fou de musique »

Mathilde Blayo 11/09/2020

Le chef d’orchestre belge, Patrick Davin, est décédé le 9 septembre 2020, à l’âge de 58 ans. Thomas Quinquenel et Manuel Poultier, musiciens de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, que Pascal Davin dirigeait de 2012 à 2018, lui rendent hommage.

Thomas Quinquenel, bassoniste : La première fois que je l’ai vraiment rencontré, c’était à Mulhouse. Il donnait une classe de maître aux jeunes chefs du conservatoire. Je ne savais pas qu’il existait des chefs qui prenaient des élèves dans leur propre orchestre pour les faire travailler avec les musiciens.
Je l’ai ensuite connu en 2017, quand j’ai intégré l’orchestre. Je n’étais pas très serein, j’avais à peine 25 ans et lui m’a mis à l’aise, me disant : « Vous allez voir, il y a une super équipe de basson ! ». Il était passionné par la pièce de Mahler que nous jouions à ce moment-là et me parlait de sa musique, de la vie du compositeur. Il était complètement passionné par la musique.
C’était vraiment quelqu’un d’humain. S’il vouvoyait tout le monde, il nous appelait par nos prénoms, connaissait la vie des musiciens, prenait des nouvelles. Je me souviens qu’après un concert il était venu boire une bière avec nous et parlait du score d’un match de foot. Il n’y avait aucune démagogie chez lui, il était avec nous de façon très sincère, avec une volonté de se rapprocher des gens, sans jamais s’obliger. Ce n’était pas vraiment son truc d’aller jouer à l’autre bout du monde. En parlant d’un opéra au Japon, il nous a dit : « C’était trop loin, ça a plus de sens de jouer près de chez moi. »
Patrick Davin a aussi énormément ouvert l’orchestre à la musique contemporaine. Ce n’était pas pour toucher les subventions, ou seulement quelques dix minutes au début d’un concert. C’était assumé, nous avons fait beaucoup de créations. Il a aussi tenté d’amener des instruments d’époque pour certaines pièces. Il avait une vision large de ce que doit être un musicien, même, et peut-être surtout, dans un orchestre permanent.

 

Manuel Poultier, clarinettiste : Je l’ai connu un peu avant son arrivée à Mulhouse. Je l’ai beaucoup côtoyé en tant que représentant de l’orchestre. C’est une vraie perte pour moi. C’était un homme extrêmement gentil. Il aimait et respectait énormément les musiciens, connaissait nos difficultés. Il avait un humour incroyable, ce qui lui permettait de faire passer des messages pas toujours évidents à faire passer. Il tenait à ce que tout soit apaisé, bon enfant. Nous étions tous très peinés en apprenant son décès. Humainement, il a marqué l’orchestre. C’était une grande personnalité, très attachante, car aussi sensible et émotif. Lors de de son dernier concert avec l’orchestre, son discours était très émouvant, il en avait les larmes aux yeux. Il était attaché à l’orchestre, à toutes les équipes.
Il a aussi été très important pour moi dans sa direction artistique de l’orchestre. Il avait un répertoire extrêmement large, aimait la musique dans toutes ses formes, ses expressions. C’était très marquant d’avoir un directeur passionné, fou de musique, avec une boulimie de tous les styles. C’était extrêmement enrichissant pour nous. Il nous a montré que, même dans une institution comme la nôtre, il existe plein de formes d’expression, de façons de faire, qu’un concert se doit d’être vivant. Il sortait des schémas dans le répertoire, mais aussi dans la forme du concert, en invitant, par exemple, un quatuor au milieu d’une représentation. Ce n’était pas juste des “trucs”, c’était ce dont il avait vraiment envie, il y avait réfléchi. Avec lui, j’ai compris que non seulement on pouvait faire autrement, mais que c’était aussi salvateur de changer un peu. Il était aimé du public, car il proposait plein de choses. Un concert avec lui c’était une aventure, une découverte.

 

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