La parentalité dans le milieu artistique : résultats d’une étude inédite

Mathilde Blayo 17/09/2020

L’Association prévention santé des artistes (APSArts), en collaboration avec l’Association régionale pour l’amélioration des conditions de travail Haut-de-France (ARACT HDF), a mené une enquête sur la grossesse et la parentalité dans les milieux artistiques. Un sujet encore tabou, alimenté par la précarité et la concurrence qui règnent dans ce secteur.

Les résultats révèlent, sans surprise, les préoccupations qui dominent autour de la parentalité dans le secteur artistique. 238 personnes, dont 185 femmes et une majorité déjà parents, ont répondu au questionnaire portant sur leur désir d’enfant, le déroulement des grossesses passées, les craintes qui en découlent. La majorité des interrogés ont entre 26 et 46 ans et travaillent dans le secteur depuis au moins 10 ans. 86% des sondés sont musiciens.

Carrière et précarité

A la question « Pourquoi ne voulez-vous pas d’enfants ? », posée à 140 des sondés, 34% répondent « financièrement ce ne serait pas possible ». Dans les commentaires, un des sondés explique ne pas vouloir d’enfant car : «  Je ne pourrai pas renouveler mon intermittence et subvenir aux besoins de ma famille. » La précarité joue un rôle central pour les artistes qui souhaiteraient être parents, au même niveau que les inquiétudes sur la carrière. Parmi les 140 personnes interrogées sur leur refus d’avoir un enfant, 30% indiquent que cela représenterait « un frein dans la carrière ». Une appréhension d’autant plus forte que la synthèse de l’étude rappelle que « les femmes sont particulièrement soumises à des programmations ou contractualisations moindre que les hommes, surtout après ou pendant leur grossesse », et ce, en particulier dans le milieu de la danse. Parmi les témoignages, un sondé explique ne pas vouloir d’enfant par « frein psychologique lié au manque de visibilité sur notre carrière à long terme. »

Les difficultés de la grossesse

La prise en charge durant la grossesse est encore loin d’être optimale. Sur 165 répondants à une question sur le déroulé de la grossesse, 29,7% indiquent avoir eu des « difficultés à faire valoir ses droits ». Des sondées expliquent avoir eu « un gros stress lié à la demande de congé maternité. Il n’y a aucune connaissance de l’intermittence à la CPAM. » La synthèse du rapport évoque la difficulté pour ces femmes de « débloquer un congé maternité en fonction de leur situation professionnelle atypique due à l’opacité des informations, à un traitement administratif au cas par cas, à un nombre d’heure de travail insuffisant, notamment sur les trois derniers mois de grossesse. » Par ailleurs, seulement 19,4% indiquent avoir été soutenues par leurs supérieurs. Une d’elle raconte avoir fait face à « un isolement plus grand, des difficultés physiques qui n’ont pas été accompagnées financièrement. » Une autre encore rapporte avoir été « humiliée, infantilisée, mise de côté par des collègues ».

Réduire l’activité artistique

Le retour au travail après une grossesse peut également être compliqué. Une des sondées exprime avoir du « faire un choix entre participer pleinement à la vie de mon enfant ou réaliser des projets professionnels ». Une autre a l’impression d’avoir été « mise au placard ». Certaines considèrent qu’il faut retravailler tout de suite après l’accouchement pour ne pas être oubliée ou remplacée, ce qui a pu entraîner « des perturbations psychologiques » pour l’une des sondées. La sociologue de l’ARACT, Elodie Valentin, qui a participé à l’étude en menant des entretiens personnels, rapporte que « globalement, on comprend que les interviewés ont l’impression de sacrifier une partie de leur carrière en optant pour la parentalité. Ils sont conscients d’évoluer dans un univers professionnel où il faut soit ne pas avoir d’enfant et sacrifier la possibilité d’être parent, soit sacrifier une partie de son métier pour être parent. » La pratique artistique qui implique le travail sur des horaires tardifs, avec des emplois du temps changeant, rend difficile l’organisation d’une vie parentale, d’autant plus quand la précarité complique les possibilités de garde. La situation semble plus gérable lorsqu’un conjoint a une situation salariée stable avec des horaires de journée réguliers.

L’enquête de l’APSArt est un travail exploratoire, conceptualisé comme une base de travail pour des enquêtes plus poussées selon les secteurs du milieu artistique. A chaque secteur d’activité de s’intéresser aux pères et mères actifs ou en devenir dans chacun d’entre eux. 

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