Quel engagement citoyen en tant qu’artiste ?

30/09/2020

par Thomas Quinquenel, bassoniste

Bassoniste de formation, j’ai voulu faire de la musique mon métier vers l’âge de 16  ans. Dès lors, j’ai tout fait pour suivre la “voie royale”. La première étape fut d’intégrer le Conservatoire de Paris. J’ai ensuite préparé divers concours internationaux puis des concours d’orchestre. À 25 ans, j’avais intégré l’Orchestre symphonique de Mulhouse. Parallèlement, j’ai eu la chance d’être invité à jouer dans nombre de phalanges symphoniques françaises ainsi que dans des ensembles spécialisés (Les Siècles, l’Orchestre révolutionnaire et romantique, Les Musiciens du Louvre…). J’avais globalement réalisé tout ce que le système pouvait attendre de moi.

Après un premier bilan de carrière, je me suis demandé quel sens donner à mon orientation professionnelle au sein de la société. J’aime l’idée d’aller à la conquête du public en montrant et en défendant la beauté de la musique. Le déclic eut lieu lors d’une tournée au Japon, alors que j’étais en congé de mon orchestre. En me rendant au concert, j’ai soudain eu un sentiment de déconnexion entre ma présence ici et la conviction qu’une autre mission m’attendait. En France, mes collègues faisaient découvrir la musique à notre public, tandis qu’à des milliers de kilomètres, je m’apprêtais à jouer un répertoire connu des Japonais, eux-mêmes acquis à la cause de l’ensemble et de notre chef. Nous avons donné un beau spectacle ce soir-là, mais je ne suis pas sûr que les auditeurs aient perçu quelque chose de nouveau.

J’ai toujours plaisir à jouer avec de grands orchestres et des chefs renommés lors de belles tournées, mais j’ai le sentiment profond que notre travail ne doit pas se résumer à cela. Je souhaite m’impliquer davantage sur le terrain. Je veux montrer et faire entendre que des artistes de haut niveau peuvent et doivent s’engager au quotidien près de chez eux.

Une des missions de l’orchestre de la Garde républicaine est de jouer là où d’autres orchestres ne vont pas : c’est une des raisons qui m’ont convaincu d’intégrer cette formation. Cela nous permet de toucher une population qui n’irait pas forcément au concert, les lieux institutionnels de culture lui étant parfois inaccessibles en raison de l’éloignement.

Cette envie de faire découvrir la musique passe également par la pédagogie. Habitant dans le sud-ouest de la France, j’ai eu envie de transmettre ma passion. C’est pourquoi, dès mon arrivée dans la région, j’ai postulé pour un poste d’enseignant au CRD des Landes. Pour moi, il est d’une importance capitale qu’un musicien vivant sur un territoire s’investisse dans la vie de celui-ci d’une manière ou d’une autre. À travers mes divers engagements, j’essaie de transmettre ma passion pour la musique avec une exigence et une qualité héritées de mon parcours.

Je suis convaincu qu’une personne qui prend l’initiative de s’engager artistiquement sur son territoire contribue non seulement à son développement culturel, mais aussi à son développement global et à son attractivité.

Le travail quotidien dans les conservatoires et les lieux de culture doit être également d’intérêt premier pour nous. De la même manière que l’urgence écologique doit être au cœur des consciences des artistes, le lien social que constitue la musique au quotidien est primordial, tout comme la proximité avec le public..

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