Lutherie végane

Mathilde Blayo 30/09/2020
La question du bien-être animal, et même de l’usage de matériaux d’origine animale, prend une place grandissante dans le monde de la facture instrumentale. Elle ouvre la voie à d’autres pratiques.

Du fait de la demande des musiciens, la lutherie végane se développe depuis quelques années. Guillaume Kessler, luthier du quatuor, en a entendu parler pour la première fois en 2017 : « Des musiciens souhaitent arrêter leur instrument. J’ai rencontré une dame qui a cessé de jouer pendant vingt ans à cause du crin de cheval de son archet, raconte-t-il. Je me suis dit que si ces musiciens étaient limités par ces considérations, je devais leur apporter des solutions. » Guillaume Kessler n’utilise ni nacre, ni os, ni ivoire. Il utilise de l’or ou de l’argent pour la plaque de tête. « Ces matériaux sont souples, absorbent les chocs, tout en ayant une homogénéité dans la structure, qui donne une résistance supplémentaire au bois. »

Pour l’archet, il recourt à du crin synthétique – le seul valable, d’après lui, est celui produit par Corus. Associant chercheurs et musiciens de l’Orchestre de chambre de Toulouse, Corus a développé un crin synthétique aux résultats probants. « Ce n’est pas exactement la même sensation qu’avec du crin de cheval. Il y a un son à recréer, mais pour certaines personnes cela fonctionne très bien, explique le luthier. Aujourd’hui, on a tout ce qu’il faut pour ne pas avoir d’élément d’origine naturelle sur un violon ; on n’aura simplement pas le même rendu. Ce sera un instrument différent d’un violon traditionnel. Il faut les penser comme des outils complémentaires. »

Le Toulousain Pierre-Yves Dalle Carbonare considère de son côté que le crin synthétique « ne décollera pas, tant que le crin de cheval sera disponible et utilisable ». Sans compter le coût de la fabrication d’un instrument sur mesure. La lutherie 100 % végane doit encore se développer. Guillaume Kessler continue d’utiliser des colles animales, faute de solutions satisfaisantes. Pierre-Yves Dalle Carbonare affirme, lui, être « partisan pour trouver des solutions de remplacement », mais craint les réticences d’un milieu très attaché aux traditions.

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