Haydn en Urtext

Alain Pâris 01/10/2020

La publication de la musique de Haydn en Urtext n’est plus l’apanage de quelques éditeurs. Tour d’horizon.

Au terme d’une vie d’une étonnante fertilité, Joseph Haydn signa en 1801, avec Les Saisons, un oratorio d’une profonde originalité qui intégrait avec subtilité les paramètres religieux et laïques. Le succès ne s’est jamais démenti, donnant lieu à différentes éditions après la publication originale de Breitkopf en 1802. Celle que propose aujourd’hui Ernst Herttrich chez Carus n’est pas le premier Urtext, mais il apporte une alternative intéressante tant sur le plan de la typographie que sur celui de l’approche musicologique. 

Le manuscrit est perdu. La première édition de 1802 a donc toujours servi de référence. Mais il existe deux autres sources sur lesquelles Herttrich a voulu s’appuyer en priorité, considérant qu’elles étaient plus proches de la volonté initiale de Haydn : les parties d’orchestre et vocales de la première exécution et la partition de direction correspondante, la première édition venant en source complémentaire lorsqu’elle n’allait pas à l’encontre des premières, avec toujours une typographie spécifique pour les différencier. Mais qu’on ne s’attende pas à des révélations spectaculaires. En dehors des éternels conflits en matière d’articulations, les différences reposent sur quelques parties d’instruments à vent. Visiblement, le contrebasson jouait un rôle beaucoup plus important à l’origine et les clarinettes pouvaient doubler les hautbois à volonté. D’autres détails concernent le choix des instruments pour chaque partie de trombone.
Quant au continuo (clavecin ou pianoforte), bien qu’il ne figure dans les sources que pour les récitatifs, l’éditeur en propose une réalisation pour l’ensemble de l’ouvrage, car rien ne prouve, selon lui, que son rôle de renfort des tutti était tombé en désuétude à l’époque de la création. Le piano-chant repose pour l’essentiel sur la réduction d’origine d’August Eberhard Müller, dont Haydn était très satisfait.

 

Poursuivant la publication en volumes séparés des symphonies de Haydn parues il y a une quinzaine d’années dans l’édition monumentale chez Henle, Bärenreiter (qui publiait déjà les matériels) propose maintenant les partitions grand format des nos 78, 79, 80 et 81. Elles font partie des premières œuvres que Haydn put faire éditer de son propre chef, sans avoir à solliciter l’autorisation du prince Esterhazy, car son statut à la cour s’était beaucoup amélioré. La première était destinée à un voyage en Angleterre qui n’eut pas lieu, et fut finalement créée à la cour des Esterhazy. Les trois autres furent créées à Vienne en 1785 et correspondent à une nouvelle approche d’écriture où les sources populaires, les effets dramatiques des silences et des dissonances sont largement développés. Les manuscrits étant perdus, les éditeurs Sonja Gerlach et Sterling Murray se sont appuyés principalement sur les copies d’époque – assez nombreuses, car Haydn avait assuré lui-même la diffusion de ces œuvres – en se référant aussi aux premières éditions, notamment les éditions parisiennes, autre indice de la notoriété grandissante de Haydn. Dans le cadre de la même coédition, Bärenreiter a publié récemment en volume séparé la Messe en si bémol majeur “Harmoniemesss” dans l’édition Urtext de Friedrich Lippmann réalisée pour Henle en 1966.

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