Covid-19 : les tests pour les musiciens, un parcours du combattant

Mathilde Blayo 02/10/2020
Tant pour les productions en France que pour les tournées à l’étranger, le processus des tests rend de plus en plus complexe l’organisation de concerts, freinant la relance.

Le Covid s’est invité sur le plateau de l’Opéra-Comique, entraînant l’annulation de toutes les représentations du Bourgeois gentilhomme de Lully, qui devait faire la rentrée de l’établissement, lundi 28 septembre. Le cas de Covid-19 « au sein de l’équipe artistique », qui selon nos sources est le metteur en scène, Jérôme Deschamps, a mis à l’arrêt les chanteurs et les Musiciens du Louvre, sous la baguette de Marc Minkowski. « Le problème était sur le plateau, les musiciens étaient en fosse et ne sont pas considérés comme cas contacts, nous explique Sabine Perret, directrice générale de l’orchestre. Ils n’ont pas été testés depuis et ne l’avaient pas non plus été avant les répétitions. »

Jusqu’à présent, il n’a pas été demandé à l’orchestre de fournir des test négatifs avant de commencer des répétitions ou une représentation. Il n’est légalement pas possible d’obliger quelqu’un à se faire tester. De plus en plus d’intermittents refusent de se faire tester ou de fournir des test négatifs, arguant de la complexité du processus. En revanche, les obligations, et les casse-têtes, arrivent pour les concerts à l’étranger. « Nous partons mercredi prochain à Salzbourg et il est certain que les musiciens parisiens devront être testés, mais nous ne savons pas où, avec les délais actuels des laboratoires pour avoir les résultats. Peut-être que ceux qui  passent par Munich seront testés à l’aéroport là-bas », raconte Sabine Perret.

La quarantaine à l’étranger

Les musiciens qui voyagent sont confrontés aux complexités des règles du pays d’arrivée, comme le quatuor Modigliani, aujourd’hui en quarantaine en Allemagne. « On nous avait annoncé qu’à partir du 1er octobre, ceux qui n’arriveraient pas en Allemagne avec un test négatif devraient le passer sur place, rester cinq jours en quarantaine, et faire un nouveau test pour circuler librement, explique François Kieffer, violoncelliste du quatuor. Nous sommes arrivé sur le territoire le 30 septembre, avec nos tests traduits en anglais, sauf pour un des musiciens qui n’avait pas de test traduit et a donc été testé. » Les musiciens sont ainsi confinés pour plusieurs jours. Un temps mis à profit par le quatuor pour travailler, mais qui a malgré tout entraîné l’annulation de classes de maître prévues au CNSMD de Paris. « Là nous venons en Allemagne pour quatre concerts, mais ça va être très compliqué de faire cela pour un concert. Nous avons prévu de revenir trois fois en Allemagne dans le mois, ça ne va pas être possible si nous devons à chaque fois prendre cinq jours d’avance », considère François Kieffer. D’autant que si le quatuor Modigliani a réussi à se faire tester rapidement en France, certains peinent à avoir des tests dans les temps demandés.

« Ces tests négatifs peuvent ne plus rien valoir dès demain »

Le violoniste Julien Chauvin, fondateur du Concert de la Loge, explique qu’il a été « très difficile de trouver un laboratoire qui accepte de tester tous les musiciens de l’orchestre rapidement. La production en a finalement trouvé un qui nous a très vite envoyé les résultats. » Le test a été fait mardi 29 septembre, pour un départ en Espagne le vendredi 2 octobre. Le Concert de la Loge passe par plusieurs villes en Espagne et donnera un concert au Teatro Real de Madrid mardi prochain. L’établissement demande un test négatif, « mais qu’est-ce qui nous dit qu’on n’aura pas été contaminés depuis nos derniers résultats, s’interroge Julien Chauvin. Nous avons tellement besoin de jouer que nous sommes très vigilants sur les gestes barrières, mais cette situation crée un stress énorme entre les musiciens et directeurs de salle, les solistes, les chanteurs… Ces tests négatifs peuvent ne plus rien valoir dès demain. »

« On arrive aux limites du test »

Christian Béchon, directeur général du Pôle Santé Bergère, le centre médical Audiens, explique qu’en demandant ces tests, « les Etats veulent opérer un contrôle minimal transfrontalier des personnes contaminées. Évidemment ce n’est pas exhaustif. » Au Pôle Santé Bergère, des test virologiques et sérologiques sont possibles. Pour les musiciens intermittents, Amazon s’est associé au Pôle de santé en fournissant 1000 tests sérologiques. Pour les tests virologiques, dits PCR, le Pôle travaille avec les adhérents Audiens, orchestres, opérateurs du secteurs, qui prennent rendez-vous pour leurs salariés. « Mais on arrive aux limites du test, considère Christian Bechon. La demande est extraordinairement forte, l’attente pour avoir son résultat est de quatre jours... Pour les musiciens qui voyagent et doivent avoir un résultats datant de 48 heures maximum, c’est très compliqué. Les voyageurs ne sont pas les priorités du gouvernement ni du personnel médical. »
A la Philharmonie de Paris, un partenariat a été mis en place avec le laboratoire Eurofins qui teste sur la demande de la Philharmonie et envoie le résultat en 24 heures. Le personnel de l’établissement, les orchestres de la maison, mais aussi les artistes invités peuvent bénéficier de ce dispositif. « Pour les artistes de passage, la possibilité de se faire tester rapidement est souvent une condition de leur venue », explique Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie. Le laboratoire s’est déplacé à la Philharmonie début septembre pour tester l’ensemble des orchestres. Ce dispositif n’aurait pas de coup spécifique pour l’établissement, la sécurité sociale prenant en charge les frais pour les personnels et musiciens français. 

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