En Italie, l’impossible réouverture des salles

Une nouvelle réglementation prévoit de limiter les jauges des théâtres à 200 spectateurs, empêchant toute reprise de l’activité culturelle.

« Les musiciens sont à genoux », nous dit d’emblée Federico Benedetti, baryton basse vivant à Rome. Cela fait plusieurs mois qu’il vit suspendu aux décrets du DPCM (decreto del presidente del Consiglio dei ministri). Le dernier, qui doit être annoncé cette semaine par le gouvernement, prévoit de limiter la jauge des salles de spectacle à 200 spectateurs. « 200 personnes dans les théâtres sans tenir compte de la capacité initiale, cela pose des problèmes financiers catastrophiques. Pour un opéra qui compte 2000 places, une telle mesure incite clairement les institutions à ne pas rouvrir, s’alarme le chanteur. Cela signifie clairement l’arrêt du monde du spectacle : il y a près d’un million d’artistes et techniciens sans travail depuis six mois. On ne pourra plus tenir sans travailler ».

Mesures drastiques

Un tour de vis supplémentaire, qui intervient après le précédent décret de juin dernier du Comité technique scientifique de la Protection civile italienne instituant déjà des mesures drastiques : masque obligatoire pour les spectateurs, sièges séparés de plus d’un mètre dans la salle avec réservation obligatoire et impossibilité d’en changer, contrôle de température à l’entrée en respectant les distances de sécurité « à l’entrée et à la sortie »… « Au cours de l’été, sur des bases de différentiations régionales, les régions et provinces autonomes avaient pu assouplir ce protocole sanitaire, notamment en ce qui concerne le nombre de personnes par salle, alors limité à 200 », explique Federico Benedetti. Ainsi à Parme, une grande scène en plein air avait été installée pour accueillir les concerts de la vingtième édition du festival Verdi (du 11 septembre au 10 octobre) déployant un protocole sanitaire pharaonique avec des barrières en plexiglass.

« Mort annoncée »

La situation des théâtres lyriques en Italie est déjà extrêmement délabrée, les institutions croulent sous les dettes, et les musiciens doivent parfois attendre trois années avant de recevoir leurs cachets. « Il y a des amis chanteurs qui attendent des montant comme 30 000 euros de la part de plusieurs théâtres italiens. De mon côté une maison d’opéra me doit 8 000 euros depuis le mois de février. Or durant la crise du covid j’ai touché trois fois six cents euros de l’INPS (équivalent d’Audiens). Si nous ne pouvons pas reprendre le travail à cause de ces mesures trop drastiques c’est notre mort qui est annoncée ».

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