Covid-19 : A Genève, l’orchestre remplacé par une bande sonore

Pour maintenir la production de l’Affaire Makropoulos de Janacek dans le contexte de crise sanitaire, le Grand théâtre de Genève ose une solution inédite : remplacer l’effectif orchestral par une bande sonore préenregistrée et diffusée depuis la fosse.

Le contexte actuel de la pandémie de Covid oblige les institutions culturelles à imaginer tous les scénarios possibles et même les plus impensables : substituer un orchestre par une bande sonore. C’est le choix qu’a opéré le nouveau directeur du Grand Théâtre de Genève, Aviel Khan, et son équipe pour pouvoir assurer les représentations de l’Affaire Makropoulos de Janacek. Lundi 26 octobre à la première, l’Orchestre de la suisse romande (OSR) n’était donc pas présent physiquement dans la fosse, remplacé par des hauts parleurs positionnés à la place de chaque pupitre et diffusant une bande sonore enregistrée préalablement par l’orchestre. Cette solution technique inédite avait été envisagée bien en amont dans la perspective de nouvelles ordonnances du conseil fédéral risquant de compromettre la tenue de cette production. Avec un effectif orchestral important, notamment pour les pupitres des vents, il était probable que les mesures sanitaires soient intenables dans la fosse en cas de durcissement du protocole.

Problème de hauteur de fosse

C’est pourquoi par mesure préventive l’Orchestre de la Suisse romande avait enregistré en juillet dernier toute la partie orchestrale de cet opéra de Janacek avec le chef Tomáš Netopil pour que les chanteurs puissent ensuite chanter en direct accompagnés par cette bande. « Nous n’avions tout simplement pas le choix, explique le directeur général de l’OSR, Steve Roger. Et nous n’avons pas adopté cette solution de gaieté de cœur. La fosse du Grand Théâtre aurait permis une distanciation entre les musiciens. Le problème se situe ailleurs, dans la hauteur de cet espace : pour beaucoup de musiciens, et je pense tout particulièrement aux cuivres et aux bois, qui ne peuvent pas jouer avec un masque de protection, le plafond se situe à une trentaine de centimètres seulement au-dessus de leurs têtes. Il aurait été irresponsable de les faire évoluer dans ces conditions, en prenant le risque de générer un cluster.»

Selon nos informations, l’orchestre a donc enregistré 61 pistes (soit presque un micro devant chaque musicien) pour pouvoir restituer dans la fosse la musique par plusieurs haut-parleurs et réaliser une balance de la bande sonore en fonction des souhaits musicaux du chef.

Comme nous avons pu le constater, la solution reste néanmoins loin d’être optimale et l’orchestre manque inévitablement dans son rayonnement, dans son aura, dans la chaleur humaine et musicale, sans compter les premiers instants assez déstabilisants de voir le chef d’orchestre Tomáš Netopil diriger une fosse vide. Néanmoins, la production était de belle tenue. Mais on peut se poser la question d’une réduction orchestrale à effectuer comme il était courant de le faire au XIXème siècle. Il existe d’ailleurs déjà de Janacek une version orchestrale réduite de la Petite Renarde Rusée.

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