Reconfinement : les captations en plein essor

Mathilde Blayo 02/11/2020

Malgré le confinement, les répétitions et enregistrements sont possibles. Une solution pour de nombreux orchestres et ensembles qui pourront continuer à jouer et exister en ligne. Mais qui s’accompagne aussi de nombreuses questions, notamment économiques.

« Pour la culture, nous autorisons le travail préparatoire aux spectacles, les répétitions, les enregistrements et les tournages afin de préparer les activités de demain. » Le Premier ministre annonçait ainsi le 29 octobre dernier que musiciens et salles de spectacles n’étaient pas complètement mis à l’arrêt, et ouvrait la porte à la possibilité de maintenir des concerts en direct, captés et retransmis à la télévision ou sur des plate-formes. « Une bonne nouvelle, pour Olivier Mantei, directeur de l’Opéra-Comique. Ça aurait été un vrai gâchis d’interrompre tout le travail fait jusqu’ici. » Hippolyte et Aricie de Rameau, qui devait se jouer dans le théâtre parisien du 11 au 22 novembre, sera retransmis, pour au moins une représentation, sur Arte. Ce partenariat avec la chaîne était néanmoins déjà prévu avant l’annonce du confinement. De la même façon, la captation et la retransmission ce soir, lundi 2 novembre, sur Arte Concert et sur Philharmonie live, du concert de l’Orchestre de Paris était prévue de longue date.

Adapter les tournages

Pour autant, ces captations doivent s’adapter à de nouvelles conditions de travail. A l’Opéra-Comique, Olivier Mantei et les équipes d’Arte réfléchissent à « élargir le travail artistique autour de la production. Qu’est-ce que le huis clos peut apporter de différent dans la captation, pour proposer un contenu plus riche au public ? » Anne-Sophie Brandalise, directrice de l’Orchestre de Paris, a passé le week-end avec les équipes de réalisation pour préparer une captation adaptée aux nouvelles mesures sanitaires. « Nous avons décidé du masque obligatoire pour tous les musiciens qui le peuvent et nous avons de nouveau augmenté les distanciations entre eux, explique-t-elle. La salle Pierre Boulez est très modulable et sans public nous avons pu nous étendre. Sabine Devieilhe est plus à l’écart, quasiment face aux musiciens. Il fallait voir avec les équipes de réalisation comment tirer les meilleures images de cette nouvelle structure d’orchestre. »

Prévoir des captations

D’autres ensembles qui n’avaient pas prévu de captation cherchent aussi à s’organiser. Ainsi, le Centre de musique de chambre de Paris devrait bien maintenir une ouverture de saison le 19 novembre, avec « une émission en ligne, sur notre site internet, présentant la saison, abordant les enjeux de la période que nous traversons, et avec le concert prévu de Laurent Naouri, qui nous recevra chez lui dans un cadre intimiste » explique Jérôme Pernoo, fondateur et directeur du Centre. Cette émission sera techniquement menée par Chronos production, initialement en charge de la communication du Centre. La deuxième partie de la soirée de lancement devait être le spectacle « Parlez pas de Mahler », autour des Chants d’un compagnon errant de Mahler. « Nous avons gardé les jours de répétition pour ce spectacle, que l’on filmera à ce moment là, différemment, rapporte Jérôme Pernoo. Ce spectacle sera diffusé plus tard sur notre site. » Les équipes peuvent notamment payer ce tournage avec l’argent gagné sur la location de la salle Cortot, où devaient se tenir les concerts de novembre.

Quel financement ?

Comme pour le Centre de musique de chambre de Paris, d’autres structures envisagent de faire des captations. La productrice Odile Carlotti, spécialisée dans les concerts de musique classique, a ainsi reçu de nombreux appels d’ensembles depuis l’annonce du Premier ministre : « De grands orchestres vont faire des captations pour Arte, France télévision. Mais ce qui serait équitable c’est que ne soient pas filmées uniquement les grandes structures, considère la productrice. Il y a beaucoup d’ensembles qui ne sont pas filmés et il faudrait donner du travail à tout le monde pendant cette période. » La productrice évoque également le problème des financements pour ces captations télévisuelles. « Nous arrivons en fin d’année et les enveloppes de France télévision dédiées à la captation de spectacle vivant sont largement entamées, rappelle Odile Carlotti. On attend de voir si des fonds vont pouvoir être dégagés pour des tournages supplémentaires. Si nous pouvons tourner davantage, nous faisons travailler des intermittents, des techniciens, des prestataires de service, en plus des artistes. »

Quel modèle économique ?

Faute de producteur et de diffuseurs, le modèle économique de ces captations n’est pas très stable. Si elle permettent de maintenir une activité musicale, elles ne rapportent rien ou peu aux salles et orchestres. Richard Plaza, directeur de l’Instant lyrique qui programme des récitals à l’Éléphant Paname, a pu trouver un système de diffusion payante, dans le cadre d’un partenariat avec Google. Le concert de Sandrine Piau du mardi 3 novembre, sera ainsi diffusé sur la chaîne YouTube de l’Instant Lyrique, au prix de 2,99 euros la connexion au direct. « C’est une captation prévue depuis juin dernier, dans le cadre de notre partenariat avec Google, mis en place lors du premier confinement, rapporte Richard Plaza. Google finance la captation et nous avons choisi l’équipe de tournage. Lors du premier concert fait sous cette forme mais gratuitement, en juin dernier, 300 personnes s’étaient connectées le soir du concert. Sur l’intégralité de la période de visionnage possible, 27 000 personnes ont regardé le concert. Je ne m’attendais pas du tout à ces chiffres. Pour demain soir, il y a déjà une cinquantaine de réservations. » Le Centre de musique de chambre de Paris monnayera aussi l’accès au direct et aux retransmissions, à hauteur de 10 euros par connexion.

Pour l’ensemble des interlocuteurs contactés, il n’y a pas de risque que ces contenus en ligne remplacent durablement les salles de concert et détournent les gens du plaisir du spectacle vivant. « C’était une crainte lors du premier confinement, mais nous avons vu que le public est revenu, même les plus jeunes qui pourraient être les plus friands de contenus en ligne », considère Anne-Sophie Brandalise. Au contraire, Odile Carlotti comme Jérôme Pernoo pensent que ce contenu numérique peut donner envie à d’autres publics de venir aux concerts en vrai, dès que ceux-ci pourront se tenir.

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous