Ministère de la Culture : le choix sulfureux de Pascal Dumay pour une mission

Antoine Pecqueur 02/11/2020

Roselyne Bachelot confie un rapport sur les orchestres à l’ancien directeur du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, condamné pour avoir téléchargé et diffusé des images pédopornographiques.

La même Roselyne Bachelot annonce d’un côté, fin octobre, vouloir « combattre les violences sexuelles, sexistes et harcelantes dans tous les établissements dont (elle a) la responsabilité », et de l’autre, au même moment, confie une mission sur les orchestres permanents à Anne Poursin et Pascal Dumay. Le choix de ce dernier ne peut qu’interpeller : il a été condamné, le 5 mars 2010, par le tribunal correctionnel de Versailles, à quatre mois de prison avec sursis pour avoir téléchargé et diffusé des images pédopornographiques. Il avait auparavant été suspendu de ses fonctions de directeur du CNSMD de Paris, poste qu’il n’aura occupé qu’entre août et décembre 2009. Les enquêteurs de la PJ de Versailles avaient mené des perquisitions à son domicile ainsi qu’à son bureau au CNSMD de Paris.

« Des années difficiles »

Au cours de l’audience, Pascal Dumay avait déclaré « avoir passé deux années difficiles sur le plan personnel et affectif. Cela s’est traduit par la fréquentation de sites pornographiques. Et, dans ce cadre, je consultais des sites pédopornographiques même si c’est resté marginal. » L’expert psychiatre le décrivait de son côté comme un « manipulateur n’exprimant pas de compassion pour les enfants victimes ».

Pianiste de formation, ancien élève du CNSMD de Paris, Pascal Dumay a arrêté sa carrière de concertiste à partir des années 80 pour se tourner vers des fonctions plus administratives. Il a notamment été directeur du festival des Arcs, dans la lignée d’Yves Petit de Voize, puis du festival d’Ile-de-France et de la direction de la musique de Radio France. Il connaît en outre le ministère de la Culture pour avoir occupé le poste de conseiller pour la musique, avant sa nomination au CNSMD de Paris. Après sa condamnation, il était devenu consultant en ingéniérie culturelle.

Démultiplication des missions

Depuis son arrivée à la Rue de Valois, Roselyne Bachelot met en place un grand nombre de missions dans le champ de la musique classique, un répertoire qui lui tient à cœur. Tous les sujets sont abordés : l’opéra, les orchestres… Le ministère de la Culture, qui confie ces missions à des personnalités extérieures, n’a-t-il donc pas les compétences en interne pour répondre à ces problématiques ? On peut en outre s’interroger : ces missions sont généralement confiées à des personnalités ayant atteint l’âge de la retraite, comme c’est également le cas de Georges-François Hirsch pour la mission sur l’Opéra de Paris. Des choix qui surprendront alors que le secteur est confronté à des enjeux majeurs de renouvellement du public. Mais le cas de Pascal Dumay risque lui de faire encore plus débat alors que le monde musical classique commence, dans la lignée de l’affaire Chloé Briot, à briser la loi du silence des violences sexuelles.

 

DEPUIS LA PARUTION DE CET ARTICLE, LA MINISTRE DE LA CULTURE A FINALEMENT DECIDE DE NE PAS CONFIER LA MISSION A PASCAL DUMAY. 

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