Biélorussie : répression contre les musiciens

Antoine Pecqueur 03/11/2020

Les artistes de l’Opéra de Minsk engagés dans la mobilisation contre le dictateur Alexandre Loukachenko viennent d’être limogés, tandis que la flûtiste Maria Kolesnikova, l’une des leaders de l’opposition, est toujours emprisonnée.

Le rebond de l’épidémie du Covid-19 nous fait oublier une autre crise, qui se déroule à seulement 2000 kilomètres de Paris. Depuis le début du mois d’août, une grande partie de la population biélorusse s’oppose à la réélection du dictateur Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Chaque week-end se déroulent d’immenses manifestations violemment réprimées par les milices du pouvoir. Dans ce vaste mouvement de protestation, les artistes sont en première ligne, comme nous avons pu le constater sur place mi-septembre. Des concerts improvisés sont organisés, des clips enregistrés pour sensibiliser au sort biélorusse. Les acteurs, les musiciens veulent mettre fin à ces dizaines d’années de censure et de salaires précaires – un musicien gagne environ 150 euros par mois, alors que le revenu mensuel moyen est de 400 euros.

La carte de l’usure

Mais le pouvoir entend bien faire taire l’activisme des artistes, et notamment des musiciens. Fin octobre, les musiciens de l’Orchestre de l’Opéra qui participaient aux manifestations ont tous été limogés. Le chef d’orchestre Aleh Lessoun, le baryton Ilya Silchukov, la violon solo Regina Sarkisova (à l’origine de la marche des femmes contre le pouvoir), autant de musiciens que nous avions pu rencontrer à Minsk, ont perdu leur travail. Le pouvoir organise ainsi une véritable répression économique. Quant aux figures les plus actives, elles sont pour leur part emprisonnées, comme c’est le cas de l’une des leaders de l’opposition, la flûtiste Maria Kolesnikova, qui avait déchiré son passeport pour ne pas être exilée de force en Ukraine.

Alexandre Loukachenko joue la carte de l’usure et veut profiter de la crise sanitaire mondiale pour garder le contrôle sur le pays. L’Europe voisine ne doit pas garder le silence, au risque sinon de voir le régime de Minsk accentuer encore plus sa proximité avec la Russie de Vladimir Poutine.

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