La flûte, l’instrument voyageur

Antoine Pecqueur 06/11/2020
C’est un rituel : chaque année, le thème d’un numéro de La Lettre du Musicien porte sur un instrument, que nous explorons au fil des différentes rubriques. À l’heure où la crise sanitaire réduit considérablement nos déplacements, nous avons choisi de nous intéresser à la flûte, qui est par essence même l’instrument voyageur. Ce numéro est une invitation à la pérégrination, au-delà de nos frontières et de notre époque, tout en restant assis chez soi !

On trouve des flûtes sur tous les continents et depuis plusieurs millénaires. Le premier instrument aurait été inventé en 2700 avant notre ère par les Chinois ; il ne faut y voir aucune coïncidence avec l’actualité… D’un continent à l’autre, d’une époque à l’autre, ses matériaux changent, sa facture évolue. Et aujourd’hui, les musiciens se passionnent pour cette histoire-monde de l’instrument. La démarche historiquement informée a amené nombre de musiciens à rechercher, voire à collectionner des flûtes anciennes, de l’époque baroque au 20 siècle. Le reportage photo de ce numéro nous ouvre les portes de la très belle collection de flûtes d’Alexis Kossenko. Où l’on voit que la beauté de la facture se niche jusque dans les plus subtils  détails… D’un autre côté, des musiciens comme Annie Ploquin-Rignol ou Joce Mienniel sont, eux, fascinés par les flûtes extra-européennes. La sonorité, mais aussi la technique, la construction de ces instruments interpellent sur l’origine même du geste artistique : le souffle. La pédagogie prend heureusement de plus en plus en compte ce facteur essentiel, que le professeur du Conservatoire de Paris Philippe Bernold compare habilement au travail du chanteur. Après avoir été obnubilé par une approche très (ou trop !) techniciste, l’enseignement de la flûte s’humanise. L’essor de la facture des flûtes en bois modernes va aussi dans ce sens. Le succès de la flûte traversière ne saurait, enfin, nous faire oublier l’insolente beauté de la flûte à bec. La « flûte douce », comme on la qualifie au 17 siècle, a bénéficié du renouveau de la musique baroque. Non sans un certain retard en France, elle occupe enfin une place à part entière dans les établissements. Et pour tous ceux qui la penseraient encore ringarde, écoutez, par exemple, la musicienne israélienne Tali Rubinstein, qui défend le jazz sur cet instrument. Les ringards ne sont donc pas ceux que l’on croit…
À l’heure où nous bouclons, un grand nombre d’incertitudes pèsent encore sur la crise sanitaire, mais aussi sur la géopolitique mondiale. L’élection présidentielle aux États-Unis est déterminante pour le monde musical outre-Atlantique, plongé dans une situation économique désormais dramatique, comme le montre le grand reportage de Sarah Andersen. Espérons que les électeurs américains n’auront, pour le coup, pas cru au “pipeau” du candidat républicain.

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