« La culture est un secteur prioritaire »

Carine Rolland, nouvelle adjointe à la culture à la Ville de Paris, répond à nos questions sur les grands enjeux culturels et musicaux de la capitale : aides financières au secteur, tirage au sort dans les conservatoires, avenir du théâtre du Châtelet, reconduction de Laurent Bayle à la Philharmonie…
Depuis fin juillet, Carine Rolland est le nouveau visage de la culture à la mairie de Paris. Son arrivée à l’Hôtel de Ville s’est faite dans un contexte pour le moins houleux : elle a succédé à Christophe Girard, mis en cause dans l’affaire Matzneff. Une arrivée également au cœur d’une crise sanitaire sans précédent qui touche le plein fouet la vie artistique parisienne.

Les acteurs culturels sont vent debout contre le couvre-feu. Comment vous positionnez-vous ?

Carine Rolland : On n’a pas d’autre choix que de le respecter. Mais nous étions de ceux qui demandaient une dérogation pour le secteur culturel. Nous avons souhaité la possibilité d’utiliser le ticket de cinéma ou le billet de spectacle pour attester que l’on était dans un lieu culturel et pouvoir rentrer chez soi après 21 heures. D’autant que les lieux culturels se sont très rapidement et efficacement adaptés aux règles sanitaires et le public s’est également conformé à tous ces dispositifs. Vu le contexte, des aides supplémentaires sont envisagées, qui seront discutées lors du prochain Conseil de Paris, mi-­novembre. Il faut des dispositifs de soutien à l’activité, comme ce que nous avions fait dès le mois de mai avec le fonds de soutien.

Un plan de relance de 15 millions d’euros pour la culture avait été annoncé. Où en est-on aujourd’hui ?

Douze millions devaient être répartis dans les structures déjà subventionnées par la Ville. Il y a déjà eu des versements, certains sont en cours. Il fallait laisser le temps aux lieux de voir dans quelle situation précise ils se trouvaient. On n’allait pas faire de chèque en blanc. Certaines structures sont plus touchées que d’autres, selon leur taille, leur solidité initiale, la diversité des ressources. Il y a aussi les aides versées par le Centre national de la musique (500 000 euros) et l’Association de soutien aux théâtres privés (700 000). On passe par ces opérateurs, qui sont les mieux à même de répartir les aides.

Est-ce que ces dispositifs d’aide vont augmenter l’enveloppe globale du budget culture de la Ville de Paris ?

Nous allons optimiser le budget. Avant le couvre-feu, nous étions dans la construction du budget 2021, qui doit être voté en décembre. Jusqu’à présent, je crois que le signal envoyé par Anne ­Hidalgo est clair : la culture est tout sauf oubliée, c’est même un secteur prioritaire.

Vous êtes chargée de la culture et de la ville du quart d’heure. Cette ville du quart d’heure induit-elle un changement de politique culturelle ?

La ville du quart d’heure (1) vaut pour la culture. Beaucoup de choses ont déjà été faites à Paris, nous ne partons pas d’une page blanche, particulièrement en matière culturelle. Tous les arrondissements ont un conservatoire, des bibliothèques. Le maillage d’équipements publics et privés existe. Pour le quart d’heure, il va s’agir de les faire travailler davantage ensemble, en réseau. Il y a ensuite le dispositif des plateaux artistiques : il s’agit de faire venir au plus près des habitants les établissements culturels les plus importants de la ville. Ils viendront travailler avec des associations au pied des immeubles, chez les Parisiens.

L’ancien adjoint à la culture, Bruno Julliard, promettait la fin du tirage au sort dans les conservatoires pour 2020. Or, on y est toujours… Que préconisez-vous ?

L’aspiration à entrer dans un conservatoire est légitime. Ces établissements prodiguent des enseignements de grande qualité et ont fait preuve de leur capacité d’adaptation en s’ouvrant à de nouvelles disciplines. Cependant, nous n’aurons jamais assez de places pour répondre à toutes les demandes spontanées. Nous continuons à construire des places : l’extension dans le 15e est en très bonne voie ; il y aura un nouveau conservatoire dans le 18e. Nous avons presque atteint les 3 000 nouvelles places promises, mais il y a toujours plus de demandes.
Nous avons une réflexion en cours sur la manière d’entrer au conservatoire. Nous avons mis en place le plan de sensibilisation musicale : 90 % des élèves de CP en bénéficient et ont un premier contact avec, soit le chant choral, soit la pratique musicale et instrumentale. Ce plan permet à chaque élève de savoir si la pratique l’attire, sur une base très égalitaire. On réfléchit pour que ceux qui souhaitent accéder aux conservatoires le fassent sur de bonnes bases. Il y a aussi d’excellentes écoles de musiques, qui travaillent avec les conservatoires, des passerelles existent dans les deux sens.

Quelles sont les raisons du licenciement de Ruth Mackenzie de la direction artistique du Châtelet ?

Des salariés se sont adressés au CSE de l’établissement au printemps dernier pour faire état des difficultés managériales importantes dans la relation avec Ruth Mackenzie. Il y a eu des entretiens préalables, et le conseil d’administration a déclenché un audit mené par un cabinet indépendant. Le résultat a fait apparaître qu’à différents degrés et sous différentes formes, il y avait de la souffrance au travail dans cet établissement. S’en sont suivies des discussions qui ont conduit au licenciement de Ruth Mackenzie.

Comment envisagez-vous l’avenir de la structure ? En le rapprochant du Théâtre de la Ville ?

Thomas Lauriot dit Prévost [nommé en binôme avec Ruth Mackenzie, NDLR], est toujours en poste et assure la continuité de la programmation. Pour la suite nous travaillons avec le conseil d’administration. Quant au Théâtre de la Ville, ses travaux (2) sont en bonne voie. Il travaille déjà bien en dehors de ses murs. Il y a deux reprogrammations prévues au printemps prochain au Châtelet. Mais les deux établissements ont et doivent garder leur identité, conserver des projets différents. Le fait est qu’ils se regardent et il y a bien sûr des choses à imaginer autour de ça.

Laurent Bayle, directeur de la Philharmonie, arrivera au terme de son contrat en mars, qui en principe ne peut pas être renouvelé. Que prévoyez-vous pour la Philharmonie ?

Pour l’instant, rien n’est arrêté. Nous traitons ce sujet avec le ministère de la Culture. Laurent Bayle a été un remarquable directeur pour cette Philharmonie qu’il fallait ouvrir. Elle fonctionne maintenant tous azimuts : en termes de programmation, d’éducation culturelle. Tout cela est à mettre au crédit de Laurent Bayle.

Est-ce que vous travaillez déjà sur la place de la culture aux Jeux olympiques ?

Nous construisons l’Olympiade culturelle. Dans tout programme olympique, il y a la phase qui précède le mois de compétition qui consiste à inscrire les JO dans la vie de la ville hôte. On travaille donc à tout ce qui va précéder les JO. L’Olympiade culturelle officielle démarrera à la fin des JO de Tokyo. Nous avons perdu un an : on travaille donc à une préfiguration de l’Olympiade, qui va démarrer ces jours-ci. Dès les vacances de la Toussaint, des programmes “sport, ville, vacances et culture” seront lancés partout en France. Ce programme culturel permettra d’avoir un compte à rebours à long terme des Jeux.

 

(1) Le concept de “ville du quart d’heure”, inventé par l’urbaniste et chercheur franco-colombien Carlos Moreno, consiste à trouver près de chez soi tout ce qui est essentiel : commerces, écoles, structures culturelles… La maire de Paris en a fait l’un des axes forts de sa nouvelle mandature.

(2) Le Théâtre de la Ville a fermé ses portes pour travaux en 2016 et devait rouvrir en 2018. Une réouverture qui ne cesse d’être retardée… Carine Rolland se refuse à nous donner une nouvelle date.

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