Jean-Marc Goujon, flûtiste et chercheur

Romain David 06/11/2020
C’est entre deux avions que Jean-Marc Goujon a pu nous accorder quelques instants. Un jour à Vienne, l’autre à Florence… ce flûtiste, l’un des partenaires de prédilection de Cecilia Bartoli, multiplie les concerts depuis que la vie musicale a pu reprendre peu à peu son cours, mi-août. Et pourtant, quelques jours plus tôt, il assistait à la soutenance de thèse de l’une de ses élèves en biophotonique. Comprenez : l’étude des plantes à travers les sciences de la lumière

Car, depuis 1998, Jean-Marc Goujon est enseignant-chercheur à l’Enssat de Lannion, spécialiste des technologies de l’optique. Une carrière qui, peu à peu, s’est laissée envahir par sa vie de musicien (plus très) amateur. 

« Je ne voulais pas faire de flûte, je préférais le violon, sourit-il. Ce sont mes parents qui m’y ont obligé. » Le déclic est venu au contact de Bernard Wystraëte, un flûtiste touche-à-tout, qui a travaillé avec Michel Legrand, Maurice Jarre et Marie Laforêt. « Il était très éclectique, j’ai pris modèle sur lui. » Après deux tentatives ratées auprès des conservatoires supérieurs de Paris et de Lyon, il se concentre sur ses études d’ingénieur à Brest, tout en multipliant les incursions dans la vie musicale locale : classique, jazz, folklore celte… Nous sommes au début des années 1990, et Brest voit la naissance d’un ensemble qui s’apprête à bouleverser le répertoire lyrique baroque : Matheus. Ses collaborations avec l’orchestre l’amènent à travailler avec Philippe Jaroussky et Cecilia Bartoli, qui le choisit notamment pour jouer, lors d’une série de concerts, l’enivrant “Sol da te, mio dolce amore” d’Orlando furioso.

Depuis, ces deux-là ne se sont plus vraiment quittés. « L’alchimie a pris ! J’apprécie beaucoup la manière dont elle interagit avec les musiciens. Chaque production est construite avec une grande écoute réciproque. » Les deux artistes partagent un même goût de l’improvisation. « Avec Cecilia, on ne sait jamais si le concert du soir sera comme celui de la veille. » Il lui arrive pourtant de refuser certains projets, rattrapé par son autre vie, celle du scientifique. « Pour des questions de disponibilité, ça ne serait pas prudent. » Mais depuis ce fameux “Sol da te, mio dolce amore”, les propositions n’ont cessé d’affluer. Avec un point d’orgue en 2013, à Salzbourg, lorsque l’orchestre La Scintilla fait appel à lui pour deux concerts : l’un dirigé par Nikolaus Harnoncourt, l’autre pour l’air de flûte qui introduit le périlleux “Casta Diva” de la Norma de Bellini. « C’était un immense plaisir. Cette expérience m’a donné une véritable légitimité à laquelle je ne pouvais pas nécessairement prétendre comme amateur. »

Si Jean-Marc Goujon met un point d’honneur à séparer ses activités de chercheur de celles de musicien, les mener de front oblige à quelques sacrifices : « Je n’ai plus vraiment la notion des semaines ou des week-ends. » En tournée, à chaque interstice, il ouvre un ordinateur. « Il arrive parfois à la dernière minute, mais jamais en retard ! Il jongle avec ses deux carrières avec maestria », reconnaît le trompettiste Thibaud Robinne, qui le retrouve régulièrement pour les concerts de Cecilia Bartoli. « Son métier lui apporte une ouverture d’esprit différente de celle d’un musicien qui se serait uniquement consacré à son instrument. »
À 53 ans, Jean-Marc Goujon n’entend renoncer à aucune de ses deux vies : « C’est une question de passion. Alors tant que la santé et le planning tiennent… »

Abonnement à La Lettre du Musicien

abonnement digital ou mixte, accédez à tous les contenus abonnés en illimité

s'abonner
Mots clés :

Commentaires

Aucun commentaire pour le moment, soyez le premier à commenter cet article

Pour commenter vous devez être identifié. Si vous êtes abonné ou déjà inscrit, identifiez-vous, sinon Inscrivez-vous