« Il y a du rêve dans la flûte en bois »

Mathilde Blayo 06/11/2020
Délaissée pendant un siècle pour la flûte en métal, la flûte en bois revient à la mode. Ses interprètes recherchent une autre approche du son.
La flûte en bois prévalait avant l’arrivée de la flûte en métal et son adoption progressive par les orchestres du monde entier, à partir de la seconde moitié du 19e siècle. Mais depuis la fin du 20e siècle, la flûte moderne en bois refait surface grâce, notamment, au travail de fabricants curieux. Chris Abell est un nom emblématique de la flûte en bois, depuis 1989. Travaillant au sein de la marque Brannen Brothers, il entend alors les différences entre le son du bois et celui du métal et tente l’expérience d’une flûte traversière en bois.

C’est une réussite pour le facteur, qui a la chance de rencontrer, quelques années plus tard, le concertiste Patrick Gallois. « Je jouais alors d’une flûte en or, mais ce n’était pas vraiment le son que je voulais, raconte le musicien. Dans un salon, en Allemagne, j’essayais des instruments, et je suis tombé sur ceux de Chris Abell. C’était exactement ce que je recherchais. Cette flûte avait plus de grave, plus de puissance. » Patrick Gallois fait alors ses premiers concerts avec sa flûte en bois, enregistre des albums et « fait entrer Chris Abell dans le monde des musiciens professionnels ». Le facteur se souvient que « les quatre ans qui ont suivi ont été les plus fructueux de mon activité ; ensuite, d’autres grandes marques se sont mises à faire des flûtes en bois ». Powell a ainsi développé une flûte en ébène du Mozambique, dans les années 1990. « On en vend davantage ces dernières années, notamment en France, en Allemagne », rapporte David Sharp, directeur de la marque. Dans son magasin Aria Musique, Philippe Roelandt constate aussi une augmentation des ventes de flûte en bois : « Un orchestre français en a acheté trois l’an dernier, deux orchestres belges ont aussi passé commande. »

Une voix à trouver

Jean-Yves Roosen, fabricant de flûtes en métal et en bois, se méfie de cette mode : « Le problème, c’est que certaines flûtes en bois sont fabriquées comme les flûtes en métal : on ne veut pas que le son soit trop confidentiel, alors les flûtes sont assez similaires. » Pour Chris Abell, ce qui compte avant tout dans la fabrication de ses flûtes, construites avec du bois séché pendant dix ans, « c’est de créer une voix pour le musicien. La flûte n’est qu’un outil qui doit disparaître. C’est un vecteur, un moyen d’expression pour transmettre ce qu’ils ont à dire. Trouver une flûte qui correspond au musicien, c’est trouver sa voix. » Patrick Gallois ne peut pas dire laquelle est la meilleure, mais « le grave, la vibration du bois me correspond plus ».

Et pour le soliste, la flûte en bois moderne n’est pas à réquisitionner sur toutes les pièces de Mozart, « ce n’est pas un traverso ! » – arguant aussi que l’instrument comptera moins que le style de jeu : « Il n’est qu’un moyen, propre à chacun. Pour moi, il y a juste plus de rêve dans la flûte en bois. »

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