Le Philharmonique de Vienne en tournée au Japon malgré la crise

Mathilde Blayo 09/11/2020

Seul orchestre européen à être actuellement en tournée, le Philharmonique de Vienne est depuis le 4 novembre au Japon. Sophie Dervaux, basson solo de l’orchestre, nous raconte les conditions de ce voyage au temps du Covid.

Comment a pu s’organiser cette tournée ?

C’est une tournée qui était prévue depuis des années. En plus du Japon, nous devions aller en Corée du Sud, à Taïwan, en Chine, qui ont finalement annulé notre venue. C’est un choix de toute l’équipe de maintenir ce qui pouvait l’être. L’orchestre est une association et il y a un mois et demi nous avons voté pour faire la tournée. A l’époque, les choses n’étaient pas aussi compliquées. Les autorités japonaises et autrichiennes ont ensuite discutés, à haut niveau, des modalités de ce déplacement. C’est exceptionnel puisque les frontières sont aujourd’hui fermées. Nous sommes donc au Japon pour 10 jours depuis le 4 novembre, avec huis concerts prévus, avec un protocole drastique à respecter. 

Quelles règles sanitaires devez-vous respecter ? 

Nous avons fait trois test au Covid-19 avant de partir, puis on s’est mis en quarantaine. A notre arrivée à l’aéroport au Japon, nous avons de nouveau été testés et avons attendus les résultats sur place pendant 4 heures. Depuis nous sommes testés tous les trois jours. Nous vivons dans une bulle, nous sommes confinés dans l’hôtel où chacun a une chambre. Il y a une pièce à chaque étage où nous pouvons nous retrouver à quatre maximum. Nous ne pouvons pas sortir de l’hôtel, ce qui est assez difficile. Les fenêtres ne s’ouvrent pas. Nous avions des plateaux repas jusqu’à hier soir, où nous avons pu nous réunir pour manger. On ne voit que l’équipe de l’orchestre et de l’agence qui nous fait tourner au Japon, y compris quand on prend le bus pour se rendre à la salle de concert. Entre le quai et le bus, il y a une personne tous les 10 mètres pour nous montrer le chemin et nous empêcher d’aller ailleurs. On se sent surveillés et c’est dur mais c’est ce qu’il fallait pour qu’on nous autorise à venir. On a eu de petites attentions : à l’hôtel, on nous a mis un tapis de yoga à chacun avec un accès à une application pour faire de l’exercice.

Émotionnellement, comment vivez-vous cette tournée ? 

Les sentiments sont partagés : c’est dur mais nous sommes aussi tellement heureux de faire cette tournée, d’être en concert devant une salle pleine. C’est vraiment quelque chose d’énorme et on a beaucoup de chance de le vivre, même si cela demande de prendre sur soi. C’est compliqué de ne pas pouvoir prendre l’air, de ne pas marcher plus de 200 mètres par jour, avec nos contacts sociaux restreints. Ce n’est pas du toute une ambiance de tournée normale mais on l’accepte tous et ça nous fédère. Nous sommes une centaine à être partis car les Japonais voulaient qu’on joue le programme prévu depuis le début, qui nécessite un gros effectif. L’accueil qu’on a est incroyable. Il y a toujours eu une relation très spéciale entre le public japonais et l’orchestre. A l’époque du tsunami, l’orchestre avait fait le déplacement, ce qui avait beaucoup touché le public ici. C’est une histoire forte et ça a dû jouer dans les négociations entre nos gouvernements. Ca a aussi été fort pour nous d’avoir ce témoignage du gouvernement autrichien que nous étions des ambassadeurs culturels. Cela marque l’idée qu’il n’est pas juste question de sauver l’économie dans cette crise, mais aussi la culture.
Nous sommes aussi très critiqués, car nous faisons cette tournée alors que le monde de la musique est à l’arrêt. Il n’y a pas forcément de solidarité, mais pour nous il faut continuer au maximum à faire vivre la musique. L’orchestre a été un des premiers à rejouer en juin. Nous n’avons jamais joué avec les distanciations, en faisant plutôt le choix de tester les musiciens. Le festival de Salzbourg n’a pas été annulé. A partir de septembre nous avons lancé la saison normalement. Nous avons pu faire tous ces choix forts car nous sommes auto-gérés et donc plus libres de prendre ces risques pour nous mêmes. 

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